Un service de renseignement cosmopolite

Un service de renseignement cosmopolite
8 août 2018

Concilier les cultures mahoraises et métropolitaines, gendarmes et policières, comprendre les traditions qui influent sur la population, sont autant de défis pour le management et dans le travail du service  départemental de renseignement territorial, unique service mixte de France.


Un officier de gendarmerie au commandement, des policiers et gendarmes mahorais et métropolitains : la diversité du service départemental de renseignement territorial (SDRT) participe à la bonne compréhension d’un secteur dont le fonctionnement est régi par une forte interaction entre le culturel, le sociétal, l’économique et le religieux.

« Lorsqu’il y a des conflits sociaux par exemple, des prières accompagnent les rassemblements pour attirer les bonnes grâces, explique le lieutenant-colonel Arnault Landre de la Saugerie, chef du SDRT de Mayotte. Il est nécessaire d’avoir une bonne imprégnation des us et coutumes des uns et des autres pour se familiariser avec des clés de lecture inhabituelles ! »

Le service est composé de 17 effectifs, répartis dans les trois cellules classiques « islam radical », « dérives urbaines » et « social ». Loin de la métropole et de certaines technologies, ils utilisent principalement le relationnel pour analyser les phénomènes et anticiper les actions. « Nos policiers mahorais sont particulièrement efficaces car ils ont des relations particulières, notamment avec les leaders syndicaux », explique le lieutenant-colonel. Et cet aspect est incontournable dans une société où les chefs sont très respectés.

« Des collectifs de citoyens, comme le CODIM (collectif des intérêts de Mayotte), se créent au gré des vicissitudes du territoire, avec, à leur tête, des leaders, que l’on identifie.Mais celui du jour ne sera pas forcément celui de la veille, et leur organisation est souvent désordonnée et irrationnelle. Il est donc difficile pour nous d’avoir une ligne de conduite. » Pendant les sept semaines de barrage et de grève générale, l’enjeu était crucial : ne pas rompre la communication avec les meneurs de l’opposition, comprendre la place de l’intersyndicale et des collectifs, la philosophie des barragistes, identifier les leviers d’action, et faire le lien avec les autorités officielles pour « arrondir les angles ».

En matière de dérives urbaines, les bandes de jeunes ne sont pas structurées comme en métropole. « Ce sont des regroupements par territoire mais sans autre but que cette appartenance, indique le chef du SDRT. Ils s’affrontent pour des motifs souvent futiles ». L’objectif du service de renseignement est alors de sentir les tensions, tenter de les anticiper et identifier les quartiers à risques, comme le hub de Kahani, une gare routière où se retrouvent des élèves de toute l’île, parfois habités par des rancœurs ancestrales.

La pratique de l’islam

377 mosquées et écoles coraniques et deux églises couvrent le département, à 95 % musulman. L’islam pratiqué est modéré, et le vendredi tous les courants de l’islam mahorais se retrouvent pour la prière dans « la mosquée du vendredi ». « Ce mélange des genres permet une surveillance par la population elle-même. Une sorte d’autorégulation qui aide à contrer les extrêmes, analyse le lieutenant-colonel. Pour autant, il peut y avoir des courants plus rigoristes que l’on surveille, ou une radicalisation importée des Comores ou de métropole ».