3 questions au commissaire Philippe Jos, directeur départemental de la sécurité publique de Mayotte

3 questions au commissaire Philippe Jos, directeur départemental de la sécurité publique de Mayotte
7 août 2018

Civique : Vous avez choisi de concentrer vos actions de lutte contre l’insécurité sur le phénomène grandissant des vols avec violence, grâce à une sectorisation et à une priorité d’action des services de police. Quels sont les résultats ?

Philippe Jos : En 2016, il y a eu plus de 7 000 vols avec violence, alors qu’on en relevait 40 dix ans auparavant. Depuis l’année dernière, grâce à un renfort des unités d’investigation et un maillage territorial plus cohérent, nous avons réduit de plus de 200 ces infractions, et nous élucidons un fait sur trois, ce qui est un taux deux fois supérieur à celui de la métropole. Les vols avec violence sont un vrai problème ici, car les armes blanches sont très répandues dans la population : couteau, chombo, hachette, pierre, parpaing...

Traditionnellement, le chombo est l’outil pour couper les bananes, le manioc, le songe. Si un agriculteur revient des champs avec un chombo, on ne va pas l’interpeller, mais les jeunes porteurs de ces outils dans la rue, nous ne tolérons pas ! D’autant plus que le code de la sécurité intérieure interdit le port d’arme de catégorie D2.

Civique : Comment collaborez-vous avec les nombreuses associations citoyennes, investies dans la lutte contre l’insécurité ?

Philippe Jos : La population, qu’elle soit mahoraise, métropolitaine, comorienne, en situation régulière ou non, est victime de cette insécurité et veut reprendre les choses en main. Nous travaillons donc beaucoup avec les associations de quartier, et nous avons recruté des agents du service civique et de la réserve civile pour aller les voir, les conseiller, et fédérer les différentes associations. Avant, la police était souvent caillassée, mais de plus en plus les collectifs de quartiers encadrent leurs jeunes, font passer des messages par le biais de la mosquée, et prennent des initiatives comme la mise en place d’un couvre-feu. Nous effectuons aussi beaucoup de prévention, par notre présence notamment aux abords des établissements scolaires, avec la police municipale. Nous distribuons des flyers à la sortie de l’école et aux véhicules dans les embouteillages pour dire « Fermez vos fenêtres, verrouillez vos portes, ne téléphonez pas dans les bouchons, etc. »

Civique : Quels sont les axes de développement de la police à Mayotte et comment est-elle perçue par la population ?

Philippe Jos : La police d’État est jeune à Mayotte, puisqu’elle n’existe que depuis 2004. Beaucoup de choses ont été faites par mes prédécesseurs, nous avons encore beaucoup de champs à explorer et nous disposons d’une très grande latitude d’action. Nous sommes le seul service de sécurité publique donc nous devons développer un grand degré d’autonomie : sans service de police judiciaire, ce sont les enquêteurs de la sûreté qui sont saisis de toutes les affaires. Ils sont très réactifs et expérimentés, et cela est indispensable. Nous croyons en nos actions et je suis convaincu que l’on peut avoir des résultats très positifs ! La progression est déjà immense. De plus, la population à Mayotte est non seulement très demandeuse en matière de sécurité, mais aussi n’est pas hostile envers la police. Il n’y a pas de haine ni de rejet de l’uniforme. Certes, les délinquants sont dans un rapport de force lorsqu’ils caillassent, mais une fois interpellés ils se comportent correctement et il n’y a pas de manque de respect.