COVID

« Ra Hachiri *», la devise de Mayotte s’applique aux policiers

« Ra Hachiri *», la devise de Mayotte s’applique aux policiers
7 août 2018

*« Nous sommes vigilants », en shimaoré.

75 000 habitants peuplent la circonscription de Mamoudzou, chef-lieu du département et seule zone police. Les agents de la sécurité publique adaptent leurs modes d’intervention à un territoire atypique.


« À Paris, j’ai connu Barbès, la gare du Nord, avec des vols toutes les minutes. À Mayotte il n’y en a pas autant mais c’est un peu plus violent, j’ai rarement vu autant de coups de couteau donnés par des jeunes, pour
un simple vol de téléphone », raconte Stéphane, policier de la BAC de Mamoudzou.

En effet, le travail des 252 fonctionnaires, actifs et administratifs, de la sécurité publique, est marqué par des affrontements et des pratiques locales particulièrement violents : « opérations éclairs » de vols de scooter en jetant des pierres sur la victime pour la faire tomber, meutes de chiens errants utilisées pour faire pression et commettre le délit...

« L’année dernière, nous avons interpellé les « coupeurs de route », raconte le major Ludovic C., chef de la BAC de Mamoudzou. À la tombée de la nuit, ils mettaient des obstacles sur la route pour inciter les automobilistes à s’arrêter, les frappaient violemment et les dépouillaient. Pour le moment, grâce à notre présence, ça ne s’est pas reproduit. »

Les rivalités entre bandes, comme celles de Kavani et Kawéni (au nord et au sud de la circonscription), laissent souvent des victimes grièvement blessées. Pour les services de police, la vigilance est de mise car un simple contrôle peut tourner à l’émeute de quartier.

Un dispositif tactique est fréquemment prévu en base arrière pour être en capacité d’intervenir rapidement en cas d’agression. « Le problème est que les enfants de certains quartiers ne se rendent pas compte de la gravité de leurs actes et sont imprévisibles. Leurs parents, clandestins, ont été expulsés et ils sont désociabilisés, sans éducation ou valeurs morales », décrit le major.

Stéphane explique le phénomène des cambriolages de la même façon : « Il y a une grande partie de la population qui vit largement sous le seuil de pauvreté. Les enfants traînent dans les rues et sont tentés de voler pour revendre. » Alors, Mahorais ou métropolitains se calfeutrent derrière de hauts portails, barbelés et barreaux aux fenêtres. Le nombre de vols par effraction avait atteint un pic à la fin des années 2010 avec plus de 1 000 faits commis par an. Grâce à l’action de la sécurité publique, qui a ciblé les quartiers et a pu arrêter des groupes de cambrioleurs, certains secteurs sont maintenant épargnés.

Patrouilles en cadre atypique

En civil ou en tenue, les équipes de police patrouillent de jour comme de nuit, et dans tous les quartiers, pour occuper le plus possible le terrain. Zones pentues, difficilement carrossables, dépourvues d’éclairage et de panneaux signalétiques, avec la brousse et la mangrove comme possibilités de fuite : le cadre inhabituel de la circonscription de Mamoudzou est un défi supplémentaire pour les forces de l’ordre. Entre cadastre imprécis et appellation informelle de nombreuses rues, l’apprentissage de la topographie est un premier gage de réussite des actions
policières ! Heureusement, 70 % des fonctionnaires de police sont mahorais et ont une très bonne connaissance du secteur et de sa population.

Le major Ludovic C. le confirme : « Nous, les mzungus (signifie « blanc » en shimaoré. C’est le nom donné aux métropolitains.), quand on arrive de métropole, on a besoin des collègues mahorais, sinon la moitié des affaires nous échapperaient ! »

Bacoco, dont le nom signifie « ancien » en souaheli, est policier à la BAC depuis huit ans : « Sur des interventions musclées, nous croisons souvent des anciens qui me connaissent, ça aide à calmer la situation et je peux obtenir des informations ».

La maîtrise du shimaoré et du shibuschi, langues mahoraises, ainsi que des dialectes comoriens, est également nécessaire. Dans les bangas (à l’origine les constructions typiques de l’île de Mayotte, des cases en terre. Aujourd’hui le terme est utilisé pour désigner les habitats en tôle des bidonvilles de Mayotte.), c’est en patrouille pédestre que les policiers progressent à travers les dédales de ruelles, escaliers, chemins de pneus et de boue. À Kaweni, au nord de la circonscription, assis sur une carcasse de voiture au milieu des chèvres et des déchets, un Mahorais peste contre les voleurs de zébus et de manioc. À ses pieds, un seau rempli de pierres et de cocktails Molotov ayant servi il y a peu contre les policiers : « Pourtant, on est content de voir la police qui patrouille, on dort plus tranquille... »