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Briançon : la montée en puissance du 1er commissariat touché par le Covid-19

 Briançon : la montée en puissance du 1er commissariat touché par le Covid-19
1 avril 2020

Le commissariat de Briançon a été le premier touché par le Covid-19, il y a maintenant presque un mois. Rapidement, les missions des fonctionnaires ont été redéfinies, pour assurer la continuité du service et être capable de monter en puissance. Le directeur départemental de la sécurité publique des Hautes-Alpes témoigne de la réactivité et de l'adaptabilité de ceux qu'il surnomme les « médecins généralistes de la sécurité publique ».


« 1 cas COVID-19 vérifié. 1 cas probable mis en isolement » : samedi 6 mars, ce message du commissariat de Briançon alerte la Direction centrale de la sécurité publique à Paris, sur ce qui était en train de devenir la plus grosse crise sanitaire mondiale. À ce stade de l'épidémie, il existait très peu d'informations sur le mode de contamination et la période d'incubation du virus, et le principe de précaution annoncé par l'ARS était un confinement de toutes les « personnes contact » pendant 14 jours. Ce commissariat des Hautes-Alpes est le premier touché, et les échelons zonaux et centraux s'accordent sur un point : il ne faut pas le fermer. « En moins de 48 heures, nous étions dans une situation où 80% des effectifs étaient indisponibles, témoigne le commissaire Joël-Patrick Terry, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) des Hautes-Alpes. Personne ne pensait que cela pouvait arriver. On croyait être bien armé, on pensait même être à l'abri dans nos montagnes de Briançon, à 1300 mètres d'altitude ». Passé le stade de la peur et de la stupéfaction, pendant quelques heures, de voir son commissariat dépossédé de ses effectifs, le combat collectif s'organise et les solidarités se créent. « On a une mission. Comme les médecins, comme les infirmiers. Et quoi qu'il se passe, on doit la remplir. » Cet état d'esprit dépasse les clivages, les grades et les fonctions. Le DDSP et ses collaborateurs n'hésitent pas à manier ballet-brosse, eau de javel et pulvérisateur pour désinfecter les locaux, avant même qu'une entreprise ne puisse s'en charger. « Début mars, le protocole n'existait pas encore. Je n'ai pas dénaturé ma fonction en prenant une éponge. À ce moment-là il fallait le faire. C'est le système D, et on assume collectivement. »

Définir l'indispensable

Rapidement, une dizaine de policiers en renfort sont envoyés de Marseille, puis c'est un PCA (plan de continuité de l'activité) « atypique », pour ne pas dire dégradé, qu'il faut réadapter, car la réalité du potentiel opérationnel disponible est bien plus faible que tout ce qui avait été envisagé par anticipation. Il est nécessaire de réorganiser les missions et en premier lieu, définir l'indispensable. Les premiers jours, cet « indispensable » est déterminé comme tel : une présence 24h/24 sur la voie publique, l'accueil des victimes et une assiduité dans les prises de plaintes. « il nous restait 12 fonctionnaires. Nous avons décidé de baisser notre activité judiciaire pour ne faire que du flagrant délit, laisser un véhicule en patrouille pour répondre aux appels du 17, et un fonctionnaire dans les locaux. » Au fur et à mesure de l'évolution de l'épidémie et de la présence des policiers -entre confinement et garde d'enfant-, les missions sont réduites et les cycles horaires sont adaptés, pour à la fois assurer la continuité du service, mais aussi préserver les capacités et pouvoir ainsi tenir plusieurs mois si nécessaire. « Nous devons alors diminuer notre vitesse de croisière. On priorise et on abandonne des fonctions, de façon assumée », explique le commissaire Terry, qui compare la situation à un plongeur en apnée : « plus le plongeur descend, plus son rythme de cardiaque ralentit, et ne sont irrigués que les organes indispensables : le cœur et le cerveau. C'est pareil pour nous. »

Les généralistes de la sécurité publique

Bouleversés dans leurs modes de travail, chaque policier s'adapte pour « penser autrement ». Les fonctions sont mutualisées, et les unités n'ont momentanément plus lieu d'être : celui qui avait l'habitude de faire du judiciaire se retrouve en véhicule de patrouille, le spécialiste des accidents embarque dans un car de police-secours.... La polyvalence prime et c'est la grande force de la sécurité publique : « nous sommes des médecins généralistes de la sécurité. Quoi qu'il arrive, le manque de moyens, de personnels, on trouve toujours des solutions. La structure a une capacité d'adaptation incroyable », reconnaît le DDSP. Humainement et professionnellement, on découvre des choses que l'on ne connaissait pas, continue-t-il. Il y a des collaborateurs que l'on pensait être des avions de chasse, et qui se retrouvent complètement déstabilisés, parce qu' ils ont peur, et c'est normal, d'une éventuelle contamination. À l'opposé, des effectifs qui était très discrets se révèlent, et deviennent des éléments moteurs sur qui on peut compter ». Joël-Patrick Terry multiplie les aller-retours à Briançon : « la hiérarchie doit être très présente, mais surtout rassurante et structurante, pour piloter au mieux le navire dans lequel on se trouve ».

Un « gilet pare-balle sanitaire »

Ce pilotage serait impossible sans la précieuse collaboration de l'ARS. Le docteur Guylaine Baghioni est déléguée départementale de l'ARS pour la région PACA. Elle est la correspondante de la DDSP depuis le début de la crise et 24 heure/24 pour répondre à la moindre question. « L'ARS est devenu notre gilet pare-balle sanitaire. C'est véritable un binôme entre l'ARS et la Police nationale », soutient le commissaire Terry. Les policiers appliquent à la lettre les consignes de leur correspondante, les gestes barrières, et dématérialisent au maximum leurs missions en orientant la population vers les services à distance comme la pré-plainte en ligne. Le centre opérationnel départemental auquel participent deux fois par jour tous les services de l'État dans le département, se tient également en visio-conférence, sous l'égide de Martine Clavel, préfète des Hautes-Alpes.

Être et durer

La résilience collective se démarque, mais tout l'enjeu sera dans la temps. « plus le confinement va durer, plus il va être difficile à vivre », remarque le DDSP. Si la population est d'abord dans l'acceptation, le commissaire redoute une éventuelle contestation de la légitimité de ce confinement, et veut être en capacité de monter en puissance. Pour le moment, la communication, indispensable, passe par la présence des agents sur la voie publique, les interventions dans les médias locaux, et les réseaux sociaux. « On n'est plus dans la pédagogie, les gens doivent appliquer les règles, qui en plus, évoluent ! Il faut qu'ils se rendent compte que ce qu'ils font aujourd'hui aura peut-être des conséquences dans 15 jours .»