Réponse de Claude Guéant à une question du député Paul Giacobbi

23 mars 2011

Mercredi 23 mars 2011, Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, a répondu à une question du député Paul Giaccobi, lors de la séance de questions d'actualité au Gouvernement à l'Assemblée nationale.


Paul Giaccobi, député de Haute-Corse

Monsieur le président, Monsieur le Premier ministre, ma liberté de parole m'a fait souvent démontrer et dénoncer les lacunes de l'application des lois dans notre île quand il fallait les déplorer. Aujourd'hui, cette même liberté me conduit à témoigner de ce que l'action des forces de l'ordre, sous votre autorité, et celle indépendante de la justice s'exercent dans notre île avec une rigueur appropriée et juste. En un mot, républicaine. Ce qui s'est passé dimanche soir dans le village de Saint André de Sant'Andréa-di-Cotone nous rappelle cruellement que l'on ne peut tout prévenir, mais qu'il est essentiel que tous les moyens soient mis en œuvre pour parvenir, dans cette affaire comme dans les autres, à la manifestation de la vérité. Les Corses réprouvent tout autant que les autres Français la violence et leurs élus savent en débattre avec courage, comme ils l'ont encore fait il y a quelques semaines à l'Assemblée de Corse.

Par ailleurs, même s'il se dit que le crime perpétré à l'encontre d'un proche collaborateur d'un élu fidèle et surtout d'un ami très cher, au soir d'une journée électorale, dans la maison même de la victime et sous les yeux de son épouse, pourrait être un avertissement qui me serait destiné, je ne changerai ni les habitudes d'une vie réglée et limpide ni les orientations de mon action politique et je continuerai à m'exprimer ici et ailleurs en toute liberté. Il a fallu d'abominables tragédies pour que la République étende enfin ses lois à la Corse avec égalité et fermeté. Il faudra encore du temps, du courage et de la continuité dans l'action pour la ramener au cœur de la République.

Bien des choses avancent en Corse : le rattrapage de notre retard historique en équipements publics grâce à la contribution décisive de l'État, l'émergence d'une économie moderne parfois à la pointe du progrès, la mise aux normes les plus exigeantes de nos filières de production, l'affirmation concrète de l'autonomie politique que la loi nous a conférée et qui devra encore progresser, la promotion d'une identité linguistique et culturelle dont nous avons lieu d'être fiers. Ce sont à ces progrès que la violence s'oppose avec le silence de la peur qui l'entoure et tous les faux-fuyants qui prétendent la justifier. Ce sont ces progrès que notre République rendra possibles, Monsieur le Premier ministre, en continuant à agir avec détermination.

Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le député Giaccobi, je pense que beaucoup dans cet hémicycle - et j'en étais - ont été touchés par la dignité et la gravité de votre réflexion qui, au-delà de l'assassinat de Dominique Domarchi, le maire de Sant'Andréa-di-Cotone et votre ami, nous renvoie à la tragique violence qui, malheureusement, souvent endeuille la Corse.

Avant toute chose, je voudrais vous dire, au nom du gouvernement, à vous, à la famille de la victime, notre consternation et notre sympathie. Je veux dire aussi que sous l'autorité de la justice, tous les moyens d'enquête nécessaires, tous ceux qui s'imposent ont été immédiatement déployés : ce sont plus de vingt enquêteurs qui sont à la tâche et qui la conduiront jusqu'au bout. Mais surtout, je voudrais vous assurer que l'État est aux côtés de la Corse pour qu'y règnent complètement les lois de la République, comme vous le disiez il y a un instant, et pour que la Corse revienne au cœur de la République. Ni les élus ni le gouvernement ne se résignent, ne s'habituent à cette violence qui frappe la Corse trop souvent.

Ensemble, ils la combattent et ils combattront. Et ensemble, ils se mobilisent pour équiper la région, pour lui ouvrir les voies d'une économie moderne, créatrice d'emplois qualifiés, pour faire vivre ses institutions originales et sa culture. Aussi, soyez certains, Monsieur le député, que le gouvernement continuera à œuvrer en ce sens aux côtés des élus de Corse et aux côtés de tous les Corses de bonne volonté.