COVID

Le Lot, gardien du Louvre

Le Lot, gardien du Louvre
11 août 2020

C’est un événement singulier qui se déroule à Cahors ce 10 novembre 1945. Un vernissage exceptionnel est en effet organisé, ce jour-là, dans le salon « rouge » de la préfecture du Lot.


Pendant dix jours, les Lotois sont invités à y admirer treize œuvres majeures prêtées par le musée du Louvre. Des chefs-d’œuvre intemporels comme le portrait de François 1er de Jean Clouet, l’Angélus de Millet, L’Elévation en Croix de Rubens ou La Vierge au diadème bleu de Raphaël. Cette exposition, une première en France à l’époque, a été organisée par le préfet, Paul Dumas, avec l’accord des responsables du musée, pour honorer et remercier les habitants d’avoir contribué à la sauvegarde des collections du Louvre.

Article de presse - Exposition à la préfecture du Lot
Clouet - Portrait de François 1er

L’histoire commence à Paris, le jour de la déclaration de guerre. Le 3 septembre 1939, tableaux et autres pièces maitresses du musée sont mis en caisse, prêts à être évacués en cas de bombardement ou d’invasion de la capitale. Au printemps 1940, face à l’avancée allemande, Jacques Jaujard, directeur des musées nationaux, décide de procéder à leur évacuation. Semaine après semaine, trente-sept convois de cinq à huit camions chacun, prennent la direction du sud, se mêlant aux Français jetés sur les routes. Les châteaux de la Loire, - Chambord, Cheverny, Valençay, Courtalain…-, seront les premiers à accueillir les chefs-d’œuvre du Louvre, les responsables ayant en effet estimé que ces domaines risquaient peu de servir de cible aux bombardiers de l’ennemi.

Cézanne - La maison du pendu
Millet - L'Angélus

Très vite, l’avancée allemande conduit les responsables à une nouvelle évacuation. Direction le sud-ouest pour l’ensemble des convois, tandis que Jacques Jaujard, resté à Paris, ne cède rien aux allemands, refusant de livrer le nom des lieux où les chefs d’œuvre ont été évacués. René Huyghe, conservateur en chef du département des peintures au Louvre, organise de son côté les dépôts en province. Si les œuvres rejoignent le musée Ingres de Montauban, dans un premier temps, elles y restent peu de temps. Après l’invasion de la zone libre en novembre 1942, René Huygues préfère les disperser dans le département où elles seront entreposées dans différents châteaux (à Saint-Jean-Lespinasse, Vayrac, Bétaille, ou Pinsac) et gardées par des résistants devenus chefs de dépôt pour l’occasion. Le plus célèbre tableau du monde, La Joconde, trouvera, ainsi refuge au château de Montal, à Saint-Jean-Lespinasse. Avec près de 3200 chefs-d’œuvre cachés sur son territoire jusqu’à la fin de la guerre, le Lot était devenu un immense dépôt du Louvre.

Lettre de remerciements - René Huyghe