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Damien Cely : « Un pompier de Paris aux JO de Paris, ce serait fabuleux ! »

Damien Cely : « Un pompier de Paris aux JO de Paris, ce serait fabuleux ! »
13 août 2020

Sergent à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), Damien Cely, 31 ans, est aussi athlète de haut niveau en plongeon acrobatique à 3 mètres.

Passionné et volontaire, ce sapeur-pompier professionnel vit une relation intime avec les Jeux olympiques, qu’il a déjà connus en 2012 lors de l’Olympiade londonienne et qu’il rêve de revivre à Paris en 2024.


Rien ne laissait augurer qu’en ce 1er août 2012, Damien Cely, 23 ans alors, s’apprêterait à s’élancer sur le tremplin de la piscine olympique de Londres pour l’épreuve du plongeon acrobatique à 3 mètres des JO 2012.

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Mû par une volonté hors-norme, malgré les vicissitudes et les malheurs de la vie, il savourait alors le plaisir de participer à ce Graal de tout sportif, accomplissement d’un rêve, devenu une obsession.

C’est par la gymnastique que tout démarre. Débutant très jeune la discipline, Damien représente un solide espoir de ce sport si contraignant physiquement. D’entraînements en compétitions, il progresse à vitesse grand V, à la plus grande joie d’une maman protectrice qui le suit au plus près, convaincue que son fils ira loin dans ce sport, jusqu’aux JO peut-être un jour. L’ascension est irrésistible tant et si bien que Damien intègre un sports-études dès la classe de 6e. Très tôt  l’ambition de disputer les plus grandes compétitions germe dans son esprit, son potentiel est flagrant.

Son entraîneur, également maître-nageur, convie l’insatiable Damien chaque week-end à la piscine où il entraîne une plongeuse acrobatique.

Mais le destin ne l’entend pas de cette oreille et lui réserve un lot d’épreuves pour toucher l’Olympe. Damien subit l’immense tristesse de perdre sa mère, alors qu’il est à peine adolescent. Dans un dernier adieu il lui fait la promesse de disputer un jour les Jeux olympiques. La compétition ne devient plus alors un rêve ou un objectif de sportif, mais un pacte passé en l’honneur de sa maman, qui aurait tant voulu le voir vivre ce moment.

L’entraînement devient un exutoire, il pousse à leur paroxysme les souffrances endurées par un gymnaste. Damien se blesse gravement au coude à l’âge de 16 ans alors qu’il devait intégrer l’INSEP quelques mois plus tard. Pour retrouver un usage normal de son bras, les médecins lui expliquent qu’il ne supportera plus l’intensité des heures et des heures d’entraînement. « Une catastrophe pour moi ! Mon rêve, la promesse faite à ma mère, tout cela s’écroulait ! Il a fallu que je me remette en question très jeune et penser à faire autre chose. Au lieu de rester dans les gymnases à faire du trampoline ou du tumbling, je me suis alors orienté vers le plongeon. »

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Partant quasiment de zéro, Damien reçoit le soutien inconditionnel de son entraîneur, qui le pousse à tenter le coup. « Je connaissais très bien les sacrifices et la difficulté d’appartenir à une équipe nationale lorsque j’étais gymnaste. Les JO passeraient alors par le plongeon, peu importent les efforts à produire ! ». Très vite, il se lance corps et âme dans son nouveau sport, son niveau explose et il intègre l’INSEP, comme prévu, mais en plongeon et non en gymnastique. L’opportunité d’accrocher coûte que coûte une place pour les JO l’obsède. Damien angoisse, s’ajoute une charge par procuration. La pression lui pèse.

Il se doit aussi de penser à lui et passe en 2011 les épreuves de sapeur-pompier de la BSPP, qu’il réussit. Mais les JO avant tout et en juin 2012, sésame olympique en poche, Damien vit le soulagement d’être le dernier plongeur français à se qualifier pour Londres 2012. « Je n’ai pas de mot pour décrire cette expérience incroyable. Soulagement, fierté, émotions, je pense que parmi tous les athlètes olympiques j’étais certainement celui qui appréciait au plus haut point sa chance d’être là. Alors non, je ne suis pas monté sur le podium, mais l’épée de Damoclès n’était plus au-dessus de ma tête. J’avais rendu hommage à ma maman, je pouvais désormais vivre les choses pour moi. »

À peine ses valises olympiques rangées, Damien débute sa nouvelle vie au sein de la BSPP, abandonnant les tremplins. « Je savais que je me lançais dans un métier qui partage énormément de valeurs similaires au sport de haut niveau. L’esprit de groupe et les capacités individuelles des pompiers font leur force. J’étais dans mon élément. »

La passion des membres de la BSPP, l’envie d’aider et de sauver autrui, de se remettre sans cesse en question, de chercher jour après jour à progresser, Damien est à sa place et s’épanouit. « Dans le sport, il existe une émulation de groupe, quand on voit son coéquipier se faire mal, pousser dans la performance, ça ne peut que permettre de progresser. J’ai immédiatement retrouvé ces sensations à la Brigade : voir un collègue qui dépasse la souffrance physique, qui réalise les bons gestes, qui est un modèle au travail, ça donne forcément envie d’aller toujours plus loin. La BSPP c’est l’élite, une véritable institution. »

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Avec le recul, il jette aussi un œil critique sur le monde du sport qui le motivait tant : « Quand on est à l’INSEP et que l’on côtoie au quotidien des grands champions, on peut vite penser que l’on est les meilleurs du monde, ce qui peut être très compliqué une fois la carrière sportive achevée et la nécessité de se plonger dans la vie active. J’ai beaucoup relativisé sur tout cela. J’ai la chance d’avoir connu les JO, le truc le plus fou pour un sportif, mais les sportifs ne peuvent pas s’imaginer ce que vivent les pompiers de Paris, leur potentiel physique, leurs qualités humaines, leur force mentale. Certains sont des champions en tractions, d’autres en natation, d’autres encore en course à pied, et quand vous réunissez tous ces profils différents mais complémentaires, vous pouvez réaliser des choses extraordinaires au service de la population. »

En 2017, l’envie de « replonger » lui revient. Il renoue avec le tremplin, avec lucidité. « Je suis d’abord à 100 %  pompier avant d’être athlète. Ma priorité c’est la BSPP. J’ai donc repris l’entraînement pendant un an avant de refaire une pause sportive pour pouvoir continuer à progresser dans mon avancement et de gravir les échelons ». C’est en septembre 2019 que les JO ressurgissent dans son esprit. « J’y suis retourné surtout pour me faire plaisir, sans pression. Mais le compétiteur a très vite repris le dessus et je me suis remis dedans très sérieusement. » Alors que des jeunes pousses de la discipline avaient éclos depuis la retraite de Damien, il hisse encore son niveau, quasi olympique. « Le défi de se qualifier pour les Jeux de 2020 était très compliqué mais je me suis défendu comme un beau diable. »

En mars 2020, ses espoirs de qualification olympique s’anéantissent avec le report des JO et le classement national qui se fige : il est troisième pour seulement deux places olympiques. Mais depuis son retour, l’objectif est clair dans son esprit : les JO de Paris 2024 avant tout ! « Quand on est athlète de haut niveau il est vraiment très compliqué de retrouver le top niveau en moins d’un an après sept années de pause. Mais le rêve olympique est un moteur pour moi. »

Il présente alors son projet JO 2024 à sa hiérarchie, moment qu’il résume en une phrase : « Imaginez un pompier de Paris aux Jeux de Paris ! Ce serait tout simplement fabuleux ! »
Pour pouvoir se lancer dans ce défi, il doit d’abord prouver sa motivation : « L’obligation était que j’obtienne mon grade de sergent. Mes collègues, ma hiérarchie ont été et restent derrière moi pour me faire travailler, m’épauler, m’accompagner dans mes efforts. Pour mes entraînements, mes collègues sont toujours très compréhensifs pour que l’on s’organise en fonction de mon emploi du temps sportif. En contre-partie, je fais preuve d’une grande disponibilité quand ils ont besoin de moi. Je ressens un énorme soutien de tous et ça me motive d’autant plus. » En ce mois d’août 2020, il décroche, non pas une médaille mais son grade de sergent de la BSPP, un nouvel accomplissement personnel.

Même si Damien aura 35 ans en 2024, « ce qui n’est pas rédhibitoire dans le plongeon », la brigade des sapeurs-pompiers de Paris va pousser son étendard olympique, comme un seul homme, pour qu’il représente son institution aux yeux du monde et revive cette compétition unique. Cette fois-ci sans pression, sans promesse.

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Le plongeon acrobatique

Les différentes hauteurs à partir desquelles les plongeurs s'élancent en compétitions officielles sont :

  • De 1 et 3 mètres pour les tremplins : Ces plongeoirs sont des planches souples en composite, à l'extrémité de laquelle le plongeur rebondit pour augmenter la hauteur du plongeon. Les compétitions au 1 m et 3 m sont reconnues par la fédération internationale, mais seul le 3 m est représenté aux Jeux olympiques.
  • De 5, 7.5 et 10 mètres pour les plate-formes : Ces plongeoirs sont des plateformes en béton. Aux J.O. et aux Championnats du monde, seul le 10 m est représenté. Pour les autres compétitions, une seule et même compétition regroupe toutes les hauteurs, et le plongeur a le choix d'effectuer ses sauts sur le plongeoir de son choix.

Damien Cely explique la technicité de cette pratique : « Il existe cinq types de plongeon : en avant, en arrière, en retournée, en renversé et les vrilles. Chaque plongeon possède un coefficient de difficulté. Sept juges évaluent le plongeon juste après l’entrée dans l’eau. On retire les deux notes les plus hautes et les deux plus basses, avant d’additionner les trois notes restantes, que l’on multiplie par le coefficient de difficulté. Ce qui donne la note finale. Ce processus est reproduit six fois pour les hommes et cinq fois pour les femmes.

Cinq critères principaux permettent de noter un plongeon : la hauteur, l’aisance, la distance avec la planche, l’esthétisme et l’entrée à l’eau. »

Les pompiers de Paris aux Jeux olympiques

  • Henri Deglane (lutte) : Ce colosse de 104 kg pour 1 m 73 remporte la médaille d’or aux JO de 1924 à Paris et obtient  un titre de champion du monde en 1931.
  • Roger François (haltérophilie) : Champion du monde en 1922, il finit 6e aux JO de Paris en 1924 avant de décrocher l’or en 1928 à Amsterdam et une 4e place en 1932.
  • Roger Michelot (boxe) : Quatrième à Los Angeles en 1932, il obtient la médaille d’or quatre ans plus tard à Berlin.
  • Henri Caron (marche) : Finaliste aux JO de 1948 en Suisse, il fut cinq fois champion du monde (1949, 1953, 1955, 1959 et 1962).
  • Maurice Degrelle (athlétisme) :  A Paris en 1924, il arrive jusqu’en demi-finale du 100 m, en quart de finale du 200 m et participe à la finale du relais 4 × 100 m. Puis en 1928 à Amsterdam, il est de nouveau quart de finaliste sur 200.
  • Raymond Mulinghausen (plongeon) : Finaliste des olympiades de 1948 et 1952.
  • Michel Macquet (javelot) : A participé par trois fois aux Jeux olympiques en 1956, 1960 et 1964 (où il fût d’ailleurs le porte-drapeau de la délégation française).