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Eloge funèbre du capitaine Franck Labois

 Eloge funèbre du capitaine Franck Labois
17 janvier 2020

Seul le prononcé fait foi


Messieurs les secrétaires d’État,

Monsieur le préfet,

Monsieur le préfet, directeur général de la police nationale,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Monsieur le président du conseil départemental,

Monsieur le maire,

Monsieur le président de la métropole,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les représentants des forces de sécurité intérieure,

Mesdames et messieurs,

Capitaine Franck Labois,

Une enquête, longue.

Des vols. Des violences. Du danger.

Le groupe d’appui opérationnel, le GAO de la Sûreté du Rhône est sur le pont.

Il répond à l’appel du devoir, pour les autres, comme à chaque fois.

Nous sommes dans la nuit du vendredi au samedi 11 janvier.

Les malfaiteurs sont là. A l’œuvre. Le GAO les surprend en pleine action.

C’est l’heure. L’heure d’agir. L’heure d’interpeller.

Il est près de deux heures du matin et à la sortie de la bretelle d’autoroute de Bron. Les hommes du GAO sont en place. Le fourgon est cerné.

Soudain, le crissement des pneus vient déchirer le noir de cette nuit de janvier. Comme un hurlement assassin, le moteur du fourgon vrombit. Le véhicule avance, recule, se débat, percute ceux des policiers.

Il se fraie un chemin et fonce.

Fonce tout droit vers l’irréparable. Tout droit vers le meurtre.

Tout droit sur Franck Labois.

Dès lors, le dernier combat de Franck Labois était engagé. Un combat pour rester, une journée, une heure, une minute de plus accroché à ce fil de vie.

Pendant ces heures, c’est le cœur de beaucoup de Français qui a battu à l’unisson.

Ce sont les pensées de tous les policiers qui l’ont accompagné.

C’est la force et le courage des hommes du groupe d’appui opérationnel de la sûreté du Rhône, qui le soutenait.

Pour Franck Labois, mourir, cela semble presque impensable.

Pas lui. Pas lui, qui avait vaincu, deux fois déjà, de graves maladies.

Pas lui qui croquait la vie à pleines dents, qui disait traiter son corps « comme une fête foraine », qui se saisissait de chaque moment passé avec ses camarades, avec ceux qu’il aimait.

Pas lui qui n’était que passion et joie, qui n’était que courage et volonté.

Franck Labois, pendant deux jours, entouré par une équipe médicale déterminée, vous avez combattu.

Mais il était sans doute déjà trop tard et lundi, au cœur de l’après-midi, le fil de la vie s’est rompu.

L’instant d’après, c’est toute la police qui était en deuil. Toute la République qui pleurait ce policier, mort pour l’avoir protégée.
 
Capitaine Franck Labois,

Vous étiez un homme, un camarade comme on en trouve peu.

Votre vie avait commencé loin de l’uniforme et vous avez choisi, personnellement, volontairement de devenir policier.

Vous l’avez voulu, parce que policier, c’est le don de soi. C’est sentir en soi un bouillonnement face à l’injustice et une volonté ardente d’y remédier.

Policier, c’est vouloir servir.

Servir les autres. Servir les Français. Servir la République.

C’est prendre tous les risques pour secourir, pour aider, pour protéger.

C’est aller au-devant du danger et n’entendre qu’un appel, celui du devoir.

Le courage et la soif de justice, voilà ce qui fait l’âme du policier.

Voilà ce qui nous rend humbles, collectivement, face à votre engagement.

Voilà ce qui vous a poussé, Franck Labois, à passer et réussir, à 30 ans, le concours de gardien de la paix.
 
Votre parcours est celui de l’envie et du dévouement. Celui du dépassement de soi et de la combativité.  
 
Vous avez franchi les étapes, passé les tests les plus éprouvants et, il y a un peu plus de deux ans, comme un accomplissement, vous avez intégré le groupe d’appui opérationnel de la sûreté du Rhône.

Chacun le sait ici, on n’intègre pas le GAO par hasard.

Rejoindre le GAO, c’est rejoindre un groupe d’élite, prêt à intervenir dans les situations délicates.

Prêt à mener des mois d’enquête et à réaliser toutes les opérations les plus sensibles.

Ici, Franck Labois, une équipe vous a sous pris son aile. Vous y avez passé des moments passionnants, heureux, exigeants. Vous avez été volontaire, motivé, précis, pour chaque enquête, chaque dossier, chaque intervention.

Vous n’avez jamais été un homme à chercher les honneurs ou vous mettre en avant. Non. Votre force, c’est votre travail, votre passion, votre sens du devoir, qui sont l’étoffe des grands.

Car oui, avec vous la France a perdu un grand policier. Elle a perdu, aussi, un homme inestimable.

Votre souvenir est dans toutes les têtes, dans toutes les mémoires.

Car comment oublier ?

Comment oublier votre voix, cette voix forte et chaleureuse, qui résonne encore dans les rues de Lyon ?

Comment oublier votre passion, celle qui vous conduisait à aller au bout des choses, à exiger toujours le meilleur ?

Vous aimiez le modélisme aéronautique et vous êtes allé au bout de votre passion, passant des maquettes au pilotage de drones ou d’avions.

Vous aimiez le sport, le hockey sur glace. Vous y exprimiez votre soif de vaincre et vous y retrouviez cette solidarité dans l’effort. Sans vous, la patinoire Charlemagne sera un peu plus triste et les Sentinelles, l’équipe de hockey sur glace de notre police nationale peine encore à croire que le maillot 57 restera au vestiaire lors des prochains matchs.

Vous aimiez les États-Unis. Vous enfourchiez votre Harley Davidson et preniez les routes, libre de vous évader, libre d’être vous-même.

Votre vie était un road trip. Cheveux en arrière, lunettes noires sur le nez, vous vous empariez de chaque défi avec la même force, avec la même intensité.

Capitaine Franck Labois, nous ne vous oublierons pas.

Nous n’oublierons pas votre rire et votre enthousiasme.

Nous n’oublierons pas votre humilité et votre générosité.

Je crois que les hommes justes ne meurent jamais vraiment.

Vous serez toujours un des membres du GAO et dans chaque sortie, chaque cas, c’est un peu de vos conseils que vos coéquipiers suivront. C’est un peu de votre habileté dont ils s’inspireront.

Au GAO, je ne vois pas que des collègues, je vois des frères. Des frères, qui partagent leurs épreuves, leurs joies et dont les cœurs battent au même rythme.

Alors, aujourd’hui, je veux m’adresser à eux. Je sais ce que cette perte signifie pour vous. J’ai échangé avec vous lundi soir, j’étais admiratif de votre courage. Je sais combien votre groupe, tout comme la Sûreté du Rhône, a souffert ces derniers temps. Et il y a quelques semaines, à peine, c’était Franck Labois qui portait le cercueil de votre camarade Emmanuel Thomas, foudroyé par la maladie.

Je veux m’adresser à toutes les femmes et tous les hommes de la sûreté du Rhône, à tous leurs collègues de la PJ, à tous les policiers de France.

Je veux m’adresser à la famille de Franck Labois, sa mère, ses frères, qui traversent aujourd’hui une nouvelle tempête et que nous accompagnerons, sans faute, sur le long chemin du deuil.

Franck Labois était un policier exceptionnel, un modèle pour tous. Il était la rage de vivre, alors nous devons suivre son exemple.

Nous devons continuer le combat, continuer la mission. Assumons notre tristesse, notre deuil, mais ne laissons jamais la haine l’emporter.

Car je vous le dis, si nous n’oublions pas Franck Labois, nous n’oublierons pas, non plus, la manière dont il est parti.

C’est à la justice de s’exprimer, mais tout porte à croire que c’est délibérément que Franck Labois a été percuté. Délibérément que les forces de l’ordre ont été visées.

Cet acte est sauvage. Abject. Odieux.

Il rappelle, durement, le danger de chaque mission.

Il souligne, impitoyable, que c’est parce que Franck Labois était dressé face aux malfaiteurs, face à l’injustice et la délinquance, qu’il est tombé.

Ce crime ne sera pas impuni. Tous les moyens de la PJ et de la police technique et scientifique sont mobilisés et l’enquête avance bien. Justice sera faite, je vous le promets. Nous vous le devons. Nous le devons à tous les policiers et aux Français.

Derrière nos larmes et dans nos poings serrés, il y a aussi une colère, je le sais. Une colère sourde mais puissante. Une colère que chaque pensée ravive.

Moi aussi, je suis en colère.

En colère, quand je pense qu’on peut tuer un policier de sang-froid.

Quand je pense aux insultes, aux coups, aux projectiles qui vous sont lancés.

Quand je pense aux menaces que vous et vos familles subissez.

En colère, aussi, face aux mises en causes et aux anathèmes de ceux qui ne savent pas ce qu’est le terrain, ce qu’est votre réalité.

Quand je vois ceux qui oublient votre combat constant contre la délinquance, contre le terrorisme, pour notre sécurité.

Quand je pense, enfin, à la complaisance pour les violences de certains et aux leçons de vertu qu’on assène à ceux qui accomplissent leur devoir républicain.

Mais ne laissons pas la colère l’emporter. Elle gâche tout et tend plus encore une Nation qui a besoin de paix. Ne baissons pas la garde, jamais, ni sur le niveau d’exigence qu’implique la fonction de policier, ni sur les principes qui distinguent  le mal du bien. Jamais.

Ne laissons pas la colère l’emporter et faisons confiance à la justice. Une justice, qui dépasse le cadre de l’enquête, car ce drame ne peut laisser personne impassible. Ne doit laisser personne insensible.

Alors, je l’affirme :

La justice c’est respecter les consignes des forces de l’ordre.

La justice, c’est rendre hommage à leur travail de chaque instant, aux risques qu’ils prennent.

La justice, c’est savoir distinguer le vrai du faux et être solidaire de celles et ceux qui nous protègent, nous et nos Institutions.

Capitaine Franck Labois,

Quelques heures avant l’opération de samedi, vous aviez envoyé un message à vos camarades.

Une vidéo, brève. Quelques instants pour les faire rire, pour vous détendre avant cette mission programmée le soir. Dans cette vidéo, vous chantiez « ça plane pour moi ».

Alors aujourd’hui, comme tous, j’ai envie de vous imaginer heureux, fier de ce que vous accomplissez.

J’ai envie de penser à ces notes de musique, et de me rappeler votre esprit d’équipe et votre joie.

Je veux vous faire une promesse : vous continuerez à vivre. A vivre dans nos gestes, dans nos mémoires.

Alors, rappelons-nous vos réussites, vos exploits. Trouvons-y la force de nous relever, de bâtir des vies nouvelles, d’affronter les obstacles et d’embrasser les bonheurs.

Gardons au cœur, comme vous, une soif de justice.

Faisons vivre votre engagement et vos valeurs, c’est ainsi que nous vous rendrons le plus bel hommage.

Vive la République !

Vive la France !