COVID

Cérémonie de prise de fonctions de M. Frédéric Veaux, directeur général de la police nationale

Cérémonie de prise de fonctions de M. Frédéric Veaux,  directeur général de la police nationale
7 février 2020

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le secrétaire d’État,

Monsieur le préfet,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le secrétaire général,

Monsieur le préfet, directeur général de la sécurité civile et la gestion des crises,

Monsieur le préfet, directeur général de la sécurité intérieure,

Mesdames et messieurs les directeurs centraux, directeurs et chefs de service,

Mesdames et messieurs les commissaires, officiers, gradés, gardiens, personnels administratifs et scientifiques et adjoints de sécurité,

Mesdames et messieurs les représentants des organisations syndicales,

Mesdames et messieurs,

Monsieur le directeur général de la police nationale,

Ensemble.

Entouré par les femmes et les hommes de la police nationale, des femmes et des hommes de différents services, de différents parcours mais unis par une même volonté, une même promesse, un même engagement : celui de protéger les Français.

Ce matin, nous sommes réunis, ensemble, car comme directeur général de la police nationale, c’est sur chaque policier, chaque équipe, chaque spécialité que vous devrez veiller.

Frédéric Veaux, en proposant votre nom au Président de la République, j’ai fait un choix. Un choix, qu’avec Laurent Nuñez, nous avons partagé, voulu, revendiqué.

Celui d’un homme qui connaît la police pour l’avoir servie aux plus hautes responsabilités.

Celui d’un homme qui connaît le terrain et le danger, pour avoir traité les affaires les plus sensibles et préparer quelques-uns des grands défis de notre sécurité.

Celui d’un homme qui a su endosser l’uniforme de préfet, gérer les crises et mener les hommes.

Frédéric Veaux, vous êtes un policier, un préfet, un serviteur de l’Etat. Devenir directeur général de la police nationale est un honneur exceptionnel, c’est aussi une responsabilité rare.

Avec Laurent Nuñez, nous vous avons confié plusieurs missions.

La première, c’est celle d’assurer la sécurité des Français. Celle de combattre, toujours et sans relâche, le terrorisme, la délinquance, l’insécurité et toutes les atteintes à notre pacte républicain.

Ces missions, notre police les connaît parfaitement. Elles sont sa vocation et son engagement.

Contre le terrorisme, elle a répond présent malgré les menaces, malgré le danger. Elle a répondu face aux attaques, participé au travail de notre renseignement. Et depuis 2013, 61 attentats ont été déjoués sur le sol Français.

Pour maintenir l’ordre, aussi, la police est toujours là. Et chaque semaine, alors que les débordements gangrénaient les cortèges, alors que certaines Institutions étaient menacées, elle n’a pas failli à son devoir républicain.

Pour lutter contre les stupéfiants, contre les violences, contre la haine : notre police agit, imperturbablement. Au cours du mois de janvier, plus d’une tonne et demie de cocaïne a été saisie partout en France. Depuis 2017, le nombre de cambriolages a baissé de plus de 6% et en 2019 les vols avec violence ont atteint un bas historique.

Mais ne nous y trompons pas : la délinquance évolue, la criminalité poursuit sa constante mutation. Je pense à la cybercriminalité, qui se répand. Je pense à la haine qui continue à sévir. Je pense aux trafics de drogues qui se réinventent sans cesse et minent encore la vie de trop nombreux quartiers. Je pense enfin aux violences volontaires et en particulier aux violences conjugales, trop longtemps étouffées sous la chape de plomb du silence. Aujourd’hui, enfin, la parole des femmes se libère : nous devons l’accompagner.

Frédéric Veaux, je vous demande donc d’être à l’avant-poste du combat pour la sécurité des Français. A l’avant-poste, aux côtés de la gendarmerie nationale, de la préfecture de police et des services de renseignement. Au combat, collectivement, pour les Français.

Notre première priorité est et reste la lutte contre le terrorisme et la radicalisation. Vous qui aviez créé, en votre temps, une division de lutte contre le terrorisme islamiste au sein de la sous-direction anti-terroriste, je vous demande de continuer le combat, de ne jamais baisser la garde.

Je souhaite également que vous soyez toujours attentif, toujours vigilant, pour garantir le maintien de l’ordre. Le schéma national du maintien de l’ordre sera bientôt présenté. Il permettra de répondre aux évolutions de la contestation. Vous devrez être un des fers de lance de son implication.

Je vous demande de mener une lutte sans merci contre les trafics de stupéfiants. La création de l’OFAST en ce début d’année est une étape décisive pour mieux organiser notre lutte, mieux démanteler les réseaux et sortir la drogue de chaque quartier. La méthode est simple : décloisonner au sein du ministère, - et au-delà du ministère- et entraver en agissant à tous les niveaux du trafic. Les premiers résultats sont prometteurs. Ils doivent perdurer. Ils doivent se renforcer. Et j’évaluerai chacun à sa capacité à dépasser ses réflexes trop frileux et refuser tout corporatisme pour gagner ce combat majeur.

Vous devrez continuer le déploiement de la police de sécurité du quotidien. La police de sécurité du quotidien, c’est une police du sur-mesure qui s’adapte à chaque territoire. C’est remettre les effectifs sur le terrain et construire avec les Français. C’est faire travailler tous les acteurs ensemble et créer un véritable continuum de sécurité.

Mais la police de sécurité du quotidien, c’est aussi placer des effectifs supplémentaires partout où il y en a besoin. C’est l’objectif poursuivi par les quartiers de reconquête républicaine et je compte sur vous pour suivre avec attention leurs résultats.

L’imagination délinquante est infinie. Alors nous ne devons pas être en reste. Je vous demande de promouvoir les idées nouvelles, d’être à l’affût des propositions et des solutions innovantes. Je vous demande d’être un homme du terrain, à l’écoute de ses propositions et tout entier orienté vers l’action.

Vous devrez mener, aussi, un combat acharné contre toutes les formes de haine et de violence. Je pense à celles qui visent une religion, une origine, une orientation sexuelle. Je pense aux violences sexuelles et sexistes, pour lesquelles chacun doit être mobilisé de l’accueil à l’enquête.

Enfin, je souhaite que la police nationale participe pleinement à notre lutte contre l’idéologie djihadiste et contre le repli communautaire.

Refuser d’obéir à la loi, rejeter nos valeurs, regarder notre Constitution et notre devise avec défiance : c’est se placer hors de la République. C’est lui porter un coup, une atteinte. Et je ne pourrai pas, je ne pourrai jamais le tolérer.

La France est un pays de Liberté où chacun a le droit de dire, faire et croire ce qu’il souhaite à la seule condition de respecter nos lois et nos valeurs républicaines. La police nationale sera toujours du côté de ceux qui respectent nos lois. La police nationale sera toujours au combat contre ceux qui remettent en cause la République que ce soit au nom d’une idéologie ou d’une religion : ce doit être notre combat permanent.

J’ai fixé en novembre une feuille de route claire, portée par les préfets, pour réarmer la France face au repli communautaire du à l’islamisme. Nous allons agir et œuvrer fortement sans angélisme, sans stigmatisation. Face à l’obscurantisme, nous devons réussir et nous le ferons pour et avec les musulmans de France. Faire reculer la menace islamiste, c’est un impératif républicain. Nous comptons bien, Laurent Nuñez et moi, que la police y prenne toute sa place.

Monsieur le directeur général,

Nous ne parviendrons pas à mener tous ces combats, sans les moyens nécessaires. Nous vous les donnons. Depuis le début du mandat, plus d’un milliard d’euros supplémentaire ont été alloués à la sécurité, 10 000 postes de policiers et de gendarmes vont avoir été créés sur le quinquennat et rien qu’en 2020 le budget de la police augmente de 5,3%.

Mais, monsieur le directeur général, nous ne réussirons pas non plus sans mener les transformations impératives de notre police nationale.

Le Livre blanc de la sécurité intérieure est en cours de conception et les consultations se terminent actuellement. Il a permis de consulter largement au sein et à l’extérieur du ministère. Avec les consultations citoyennes, nous nous sommes livrés à un exercice inédit de démocratie ouverte et transparente avec nos concitoyens. Quant aux Assises territoriales de la sécurité intérieure, elles ont permis de consulter les forces de l’ordre qui sont à l’œuvre sur le terrain.

Ce Livre blanc permettra de faire un état des lieux rigoureux de la sécurité intérieure aujourd’hui, des évolutions de la sécurité demain et des mesures que nous devons prendre pour y faire face.

Nous aborderons tous les thèmes, tous les sujets. Nous réfléchirons à nos structures et à la meilleure manière de les organiser. Nous penserons aux moyens dont nous avons besoin, à la politique RH que nous devons mettre en place pour rester attractifs. Nous poserons les fondements d’un continuum de sécurité ambitieux. Nous ferons de l’innovation, des technologies et du numérique, des alliés de poids pour nos forces de l’ordre.

Des décisions fortes devront être prises, notamment pour réformer la police nationale. Laurent Nuñez et moi les prendrons, les assumerons. Vous devrez les mettre en œuvre avec rigueur et courage, avec force et détermination. Nous attendons de vous d’être un innovateur, c’est le ciment même de la confiance que nous vous faisons.

A votre place, rien ne serait pire que de devenir un protecteur du statu quo, dont nous connaissons tous les limites. Nous devons changer en profondeur, sans pour autant renier ce qu’est la police nationale.

Aujourd’hui, la maison police connaît des beaux succès et sait, de l’investigation à la voie publique, de la lutte contre l’immigration illégale au maintien de l’ordre, agir avec rapidité, efficacité, excellence.

Mais tout ne va pas bien et il ne faut ni fuir ni esquiver la réalité, sans polémique, sans esprit partisan mais avec ambition.

Aujourd’hui, en 2020, nous n’avons plus le droit d’entendre parler de guerre des polices, de querelles de chapelles ou de rivalités entre les services.

Gendarmerie, préfecture de police, DGSI et police nationale doivent porter cette exigence commune : les enjeux sont trop grands, nous n’avons pas le droit de manquer une enquête ou de perdre du temps dans une affaire parce que nous ne nous étions pas assez parlés.

Agissons ensemble. Même si cela paraît insurmontable. Permettez-moi un exemple, à Mayotte où nous avons su mettre à plat une organisation trop complexe dans la lutte contre l’immigration irrégulière. Cela n’a pas été simple mais aujourd’hui, nous constatons des résultats remarquables.

De même, il ne doit pas y avoir « des » polices nationales, éclatées, dispersées, ventilées selon des services, des spécialités et des lieux.

Non. Il ne doit y avoir qu’une seule et unique police nationale. Une police nationale qui se coordonne, avance ensemble et agit de front. Une police nationale qui fait bloc contre la délinquance, bloc contre la criminalité.

Nous devrons décloisonner, pour que chacun travaille ensemble et que l’information circule parfaitement.

Nous devrons déconcentrer, aussi, pour offrir plus d’autonomie au terrain et déterminer localement les stratégies les plus adaptées et les moyens les plus nécessaires.

Nous devons être innovants, créatifs. A Mayotte, en Guyane et en Nouvelle-Calédonie, des directeurs territoriaux de la police nationale ont été nommés. C’est une idée intéressante qui peut nourrir notre réflexion.

Frédéric Veaux, notre police nationale doit être un tout, un ensemble parfaitement coordonné. Il faudra changer des habitudes, sans doute. Il faudra assumer des choix, c’est sûr. Vous pouvez compter sur notre détermination. Nous savons pouvoir compter sur votre volonté.

Monsieur le directeur général,

Je parle de transformation et de réforme. Je parle d’un travail qui doit être finalement plus aisé pour nos policiers. Alors n’oubliez pas, n’oubliez jamais, les femmes et les hommes de la police nationale, quel que soit leur grade, quelle que soit leur fonction.

Je pense par exemple aux gardiennes et gardiens de la paix qui œuvrent au quotidien au plus près de la population dans les équipages « police-secours » et dont on évoque que trop rarement la mission pourtant fondamentale pour la sécurité des Français.

Comme eux, vous devez être un opérationnel. Comme eux, vous devez raisonner en fonction des réalités du terrain. Les femmes et les hommes de la police nationale doivent accompagner votre engagement, guider chacune de vos décisions.

Policier, c’est bien plus qu’un métier : c’est un engagement.

Un engagement éprouvant. Un engagement qui exige exemplarité, déontologie et éthique dans toutes les circonstances, face à toutes les situations. Vous devez, monsieur le directeur général, en être le garant.

Un engagement dangereux – et la mort de Franck Labois nous l’a récemment cruellement rappelé.

Un engagement parfois ingrat, aussi, quand on entend à longueur de journée les mises en cause indignes de ceux qui seront les premiers à attendre la police, demain, pour les protéger.

Et comment oublier, aujourd’hui, les mots, les accusations, les quolibets ? Comment ne pas se rappeler les mensonges répétés et les menaces proférées ? Comment oublier ceux qui justifient les violences des uns et dénoncent le devoir républicain des autres ?

Nous devons rendre au métier de policer son sens, rendre aux policiers la fierté de porter l’uniforme. Nous devons remplacer, dans la police, le spleen par l’idéal. C’est notre but, et Frédéric Veaux, c’est votre mission.

J’attends une action résolue de votre part pour contrer le fléau des suicides. Le suicide, c’est un drame, c’est aussi un échec collectif. J’ai lancé, l’année dernière, un plan ambitieux contre le suicide. Un plan d’action global a été engagé : des formations ont été dispensées, deux numéros verts ont été mis en place et une cellule a été créée pour veiller à la bonne réalisation des mesures de notre plan.

Je serai extrêmement attentif à votre action en ce qui concerne le suicide dans la police nationale. Nous devons continuer, toujours et encore. Ne jamais nous résigner.

Mais redonner un sens à l’engagement de policier, c’est aussi tout faire pour leur donner de meilleures conditions de travail. En un an, le salaire des gardiens de la paix et des gradés a augmenté de 100€ net par mois. Nous avons enfin commencé à payer les heures supplémentaires que nous devions aux policiers. Nous avons lancé, aussi, la réforme attendue des cycles de travail.

Frédéric Veaux, vous devrez poursuivre ces chantiers, être à l’écoute de l’aspiration des forces et proposer des idées.

Je vous demande, enfin, et j’y tiens particulièrement, de garder toujours votre porte ouverte aux syndicats. Notre devoir et de construire ensemble, de façonner ensemble le métier de policier de demain.

Vous serez un homme de concertation, un homme de dialogue social franc, direct, constant. C’est aussi votre capacité à entretenir un dialogue nourri avec les organisations syndicales que nous attendons.

Monsieur le directeur général,

Vous succédez à Eric Morvan qui a servi la police avec courage, passion et sang-froid dans des moments extrêmement éprouvants. Je veux ici le remercier pour son service et rendre hommage à son engagement.

A l’heure où vous prenez vos fonctions, de nombreux défis se dressent devant nous.

La République est en proie à des menaces et compte sur sa police pour la protéger. Les policiers sont parfois en proie au doute et doivent retrouver toute la passion, tout le sens de leur métier.

Nous vous avons donné, aujourd’hui, avec Laurent Nuñez, un cap et des missions. Vous devrez permettre à la police de les assurer, transformer cette Institution et bâtir une police plus unie, plus humaine, plus proche des Français.

Dans les mois qui viennent, vous le verrez, les polémiques sont faciles et les contre-vérités tenaces. Elles ne doivent jamais vous distraire de nos objectifs, jamais vous désarçonner.

Vous avez notre confiance, celle du Premier ministre et du Président de la République.

La mission vous attend. Elle est difficile mais passionnante. Nous comptons sur vous.

Vive la République !

Vive la France !