13.12.2007 - Réception des policiers et sapeurs-pompiers blessés lors des évènements de Villiers-le-Bel

13 décembre 2007

Intervention de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales lors de la réception des policiers et sapeurs-pompiers blessés lors des évènements de Villiers-le-Bel - Hôtel Beauvau


Mesdames, Messieurs,

Je vous ai réunis aujourd'hui pour vous dire toute ma gratitude et toute la reconnaissance du Gouvernement et de la France pour l'attitude exemplaire qui a été la vôtre lors des évènements de Villiers le Bel il y a deux semaines.

Prenant prétexte d'un dramatique accident de la circulation au cours duquel deux adolescents ont malheureusement trouvé la mort, des délinquants s'en sont pris aux policiers.

Les rumeurs les plus insidieuses, les bruits les plus fallacieux se sont répandus.

Largement relayés, ils ont attisé la colère de dizaines de jeunes visiblement pris en mains par un noyau dur d'individus qui cherchaient à provoquer pour créer le désordre.
Ce déchaînement de violence, vous, policiers et pompiers, en avez été les premières victimes.

Vous avez été presque 150 à être blessés, dont 81 par tirs d'armes à feu.

Cette violence que vous avez subie, je ne la tolère et ne la tolérerai pas.

Vous vous êtes engagés au service des Français pour protéger et secourir, pour maintenir la tranquillité publique, pour assurer la sécurité des personnes et des biens.

Je ne nie pas les difficultés de vie dans certaines cités, ni les réalités économiques et sociales.

Au contraire, chacun de mes déplacements dans les quartiers réputés difficiles le montre, je veux voir au plus près cette réalité, pour la comprendre et trouver les voies pour y répondre.
Mais aucune détresse, aucun mal vivre, ne peuvent expliquer les dérives qui se sont produites Villiers le Bel.

Je n'accepte pas et n'accepterai jamais qu'un équipage de pompiers intervenant sur un accident soit menacé physiquement.

Je ne tolère pas et ne tolérerai jamais qu'un commissaire de police venu sur le terrain rechercher le dialogue, soit roué de coups et grièvement meurtri.

Je n'accepterai pas que des policiers soient la cible de tirs d'armes à feu utilisées avec la volonté manifeste de tuer ou de blesser.

Je n'accepterai pas non plus que certains cherchent à minimiser la gravité de ce qui s'est passé.

Vous avez droit à la vérité et à la justice. C'est pour cela que nous avons le devoir d'aboutir dans cette enquête afin de livrer les criminels qui ont voulu vous tuer à la Justice.

Oui, il y a eu des appels à témoins.
Oui, il y a eu promesse d'une récompense.

N'en déplaise à certains, ces propositions ont généré plusieurs dizaines d'appels, et des pistes constructives.

Mesdames, Messieurs,

Dans un contexte ô combien difficile, votre sens du devoir et de la discipline, votre professionnalisme exemplaire, ont évité l'escalade que certains pouvaient rechercher.

Je suis fière de vous, sapeurs pompiers professionnels et volontaires qui avez su, dans les pires conditions, porter secours et lutter sans relâche contre les incendies criminels.

Je suis fière d'être à votre tête, vous policiers du Val d'Oise, policiers de la Préfecture de Police, CRS en déplacement, vous qui avez gardé ce sang froid sans lequel tout aurait pu dégénérer.

Car malgré les violences subies, qui vous plaçaient souvent en état de légitime défense, le pire a été évité.

Je pense en particulier à Hélène PERRENOT, qui a su dissuader l'un de ses collègues d'utiliser son arme. Dans le cœur de l'émeute, pourtant elle-même blessée, elle a su mesurer les conséquences d'une nouvelle mort d'homme et l'éviter. Je la remercie tout particulièrement.

Mesdames, Messieurs,

A cinq reprises je suis venue à Villiers-le-Bel, afin d'être à vos côtés, de mesurer les risques que vous preniez, et l'engagement qui est le vôtre.

J'ai rencontré vos chefs, j'ai rencontré les élus.

Tous m'ont dit la façon remarquable dont vous avez réagi, faisant montre de force morale et de courage physique.

Du courage, il en a fallu aussi à ces deux adjoints de sécurité, dont le témoignage a permis d'interpeller les incendiaires du poste de police d'Arnouville les Gonesse.

L'un d'eux a été frappé pour avoir simplement fait son devoir de citoyen et de membre des forces de sécurité.

Je les ai rencontré tous deux la semaine dernière pour leur exprimer ma reconnaissance et leur apporter mon aide dans leurs démarches de changement de domicile.

Autant il me plaît de pouvoir appuyer ces deux jeunes, autant le constat du besoin de les faire déménager me révolte.

Je refuse qu'une infirme minorité décide de détourner ces territoires à son profit, au détriment de l'immense majorité de la population qui n'aspire qu'à une vie paisible.

C'est pourquoi, à Villiers le Bel, j'ai décidé d'engager massivement les forces de sécurité pour rétablir la tranquillité publique.

La Préfecture de Police est intervenue, avec ses policiers, qui ont payé un lourd tribut, et la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

Je n'oublie pas non plus les renforts apportés par la gendarmerie.

En deux soirées la situation a été rétablie grâce à l'engagement sans faille de chacun, et les habitants ont pu retrouver une vie normale, même si les stigmates des exactions sont encore visibles.

Ce résultat, acquis au prix de votre souffrance, doit être reconnu et récompensé à sa juste valeur.

Je suis donc très fière, et très heureuse, de pouvoir vous manifester solennellement la confiance que le Gouvernement place en vous.

Dans quelques instants, nous vous décernerons une décoration dont le seul intitulé résume la grandeur : médaille pour actes de courage et de dévouement.

Votre courage a été évident, face à des violences criminelles. Votre dévouement a été tout aussi grand, au service du droit, au service de l'Etat, au service des Français, au service de la France.

Pour ce que vous avez fait durant ces rudes et difficiles journées, et que personne n'oubliera jamais, pour votre action quotidienne, présente et future, je vous remercie.