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Intervention de Bernard Cazeneuve le 18 novembre 2014 sur France 2

Intervention de Bernard Cazeneuve le 18 novembre 2014 sur France 2
Mardi 18 novembre 2014 à 7h50, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, était l'invité de Roland Sicard dans l'émission Les 4 Vérités sur France 2.

Mardi 18 novembre 2014 à 7h50, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, était l'invité de Roland Sicard dans l'émission Les 4 Vérités sur France 2.


Roland Sicard
Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Roland Sicard
On va commencer par cette vidéo de l’otage français retenu au Sahel, Serge Lazarevic, c’est une preuve de vie, est-ce que ça relance sérieusement l’espoir de le faire libérer ?

Bernard Cazeneuve
Nous agissons pour cela, le président de la République a confirmé l’authentification de cette vidéo hier soir et indiqué que nous agissons avec tous les acteurs au plan diplomatique et en relation avec les Etats qui peuvent nous aider, avec tous ceux qui peuvent contribuer à la libération de cet otage, pour que cette libération advienne. Et il faut bien entendu le faire avec toute la discrétion nécessaire pour que cela soit efficace.

Roland Sicard
Est-ce qu’il y a des liens entre ces groupes du Sahel et l’Etat islamique dont on va parler maintenant ?

Bernard Cazeneuve
Il y a un très grand nombre de groupes qui sont présents dans la bande sahélo-saharienne, des groupes terroristes, Almora Bitounes, Ansar Al Charia, Hakmi et d’autres encore. Et ces groupes traversent les frontières. Je me suis rendu au mois de mai en Mauritanie sur ce sujet et la plupart de mes homologues que j’ai rencontré, des pays concernés, indiquent leur préoccupation de la présence de ces groupes. Il y a par ailleurs en Libye un processus d’évanescence de l’Etat qui fait de la Libye un lieu de convergence de ces groupes et de ces terroristes. Et il existe bien entendu des liens entre le travail des services qui consistent à analyser précisément, qu’elle est la nature de ces liens. De la même manière qu’il existe des relations entre ces groupes et un certain nombre de filières organisées du crime au plan international. Et le travail qui est le notre, c’est de faire en sorte que par la relation entre nos services de renseignements, par le travail de notre police avec celle d’autres pays nous parvenions à démanteler ces filières.

Roland Sicard
Alors l’Etat islamique, on sait qu’un de ses bourreaux maintenant était Français, est un Français. Il avait été repéré dés 2011, comment ça se fait qu’on n’ait pas réussi à l’empêcher de partir faire le djihad ?

Bernard Cazeneuve
Parce que ce qui a été repéré en 2011, c’est sa radicalisation et la radicalisation n’est pas un délit, ce qui est un délit, c’est la volonté de s’engager dans des opérations à caractères terroristes. Et par ailleurs il n’existait pas au moment où il est parti en août 2013, les dispositifs que j’ai inscrit dans la loi qui a été adoptée, il y a de ça quelques semaines et promulguée en fin de semaine dernière et qui sont des dispositifs à travers notamment...

Roland Sicard
Qu’est-ce qui change ?

Bernard Cazeneuve
Ce qui change très concrètement, c’est l’interdiction administrative de sortie du territoire.

Roland Sicard
Et sur quels critères ?

Bernard Cazeneuve
Aujourd'hui lorsque vous avez suffisamment d’éléments par le travail des services de renseignements ou de police qui permettent d’être convaincu de la volonté d’un individu français, de s’engager dans des opérations terroristes sur le théâtre syrien, irakien ou ailleurs. L’interdiction administrative de sortie du territoire sous le contrôle du juge administratif qui est le juge des libertés permet d’empêcher des jeunes ressortissants qui se sont laissés endoctriner, embrigadé, qui ont basculé, de s’engager dans ces activités terroristes. Pourquoi ? Parce que partir en Syrie, en Irak pour faire ce que Maxime Hauchard a fait, c’est un aller direct vers la mort, la mort physique, la mort psychologique, c’est se condamner à être pris dans un engrenage de la violence barbare, monstrueuse, et ça nous voulons l’éviter. C’est la raison pour laquelle nous mettons en place cette interdiction et par ailleurs pour ceux qui reviennent nous procédons à un suivi, une judiciarisation de leur situation. Il y a aujourd'hui 138 djihadistes qui sont revenus et qui ont été judiciarisés, mis en examen, incarcéré, mis sous contrôle judiciaire, de manière à faire en sorte que ceux qui reviennent et qui sont habités par la seule violence, qui sont guidés par le seul instinct de la violence ne soient pas en situation de commettre des crimes.

Roland Sicard
Est-ce que des attentats justement ont été évités ?

Bernard Cazeneuve
J’ai déjà eu l’occasion de dire que tous les jours nos services agissent, ils le font discrètement, ils le font efficacement pour éviter que des attentats ne se produisent. Et il est vrai qu’au cours des derniers mois nous avons eu à mettre hors d’état de nuire des personnes qui avaient commis des crimes en Irak et en Syrie, qui sont revenus sur le territoire national et que nous avons par l’action de nos services et de la justice, empêché de nuire.

Roland Sicard
Combien de personnes ?

Bernard Cazeneuve
Il a été dit que cinq attentats avaient été évités et je vous ai dit qu’il y avait cinquante-huit personnes qui avaient été neutralisées.

Roland Sicard
On pense qu’un second Français ferait partie des bourreaux, est-ce que vous confirmez cette information ?

Bernard Cazeneuve
Ce que je confirme c’est qu’il y a une possibilité de cela, que nos services actuellement en lien avec...

Roland Sicard
Possibilité, probabilité ?

Bernard Cazeneuve
Je dis possibilité ! Parce que nous travaillons sérieusement en lien avec la justice. Hier je me suis exprimé sur Maxime Hauchard, en lien et en accord avec le procureur de la République, parce que nous avions suffisamment d’éléments lui et moi qui permettaient de donner cette information en la confirmant et ce que nous faisons aujourd’hui c’est de procéder à des expertises, à des analyses qui permettront de confirmer ou pas cette possibilité...

Roland Sicard
Aujourd’hui, il n’a pas été identifié ?

Bernard Cazeneuve
Et j’ai donné l’identité...

Roland Sicard
Il n’a pas été identifié ?

Bernard Cazeneuve
Nous procédons à des expertises qui permettront au terme de ces expertises, peut-être dans la journée, peut-être dans les jours qui viennent, d’infirmer ou de confirmer et, si nous confirmons, bien entendu le nom sera connu.

Roland Sicard
Est-ce qu’il y a un profil type de ces djihadistes ?

Bernard Cazeneuve
Il y a d’abord un processus d’enrôlement qu’il faut pointer et qualifier, 90 % de ceux qui basculent, basculent par le biais d’internet. Aujourd’hui vous avez un isolement numérique, une espèce d’enfermement numérique, d’un certain nombre de nos jeunes notamment, qui est exclusif de toute autre relation et qui les conduit à subir l’effet d’une propagande remarquablement conçue sur internet à travers des blogs, à travers des sites, qui, par l’effet du numérique, par la construction d’une propagande...

Roland Sicard
Il faut bloquer ces sites ?

Bernard Cazeneuve
Mais, j’ai proposé qu’on sensibilise les grands opérateurs, nous les avons rencontrés à Luxembourg avec l’ensemble des ministres de l’Intérieur. Dans la loi que j’ai proposé au Parlement il y a un dispositif qui prévoit d’alerter les opérateurs et, si les opérateurs ne retirent pas les contenus, de bloquer administrativement ces sites, là encore sur le contrôle du juge. J’ai pris cette mesure, qui a été débattue et commentée, non pas pour porter atteinte à la liberté d’expression sur internet qui sera garantie par l’intervention du juge administratif en référé, qui est un juge des libertés, mais tout simplement parce qu’il faut regarder la réalité en face, quand 90 % des jeunes basculent, qui basculent dans le terrorisme, le font par le biais d’internet, il faut prendre des mesures et regarder la réalité en face. Je constate d‘ailleurs que ceux qui font des commentaires toujours démagogiques, outranciers sur ces questions, je pense notamment au Front National, se sont opposés au blocage administratif des sites, se sont opposés à l’interdiction administrative de sortie du territoire et oublient de préciser que dans le corpus législatif français il existe déjà, pour ceux qui ont la double nationalité, la possibilité de suspendre la nationalité de ceux qui se sont engagés dans des opérations terroristes. Donc sur ce sujet-là, qui est un sujet sérieux, j’appelle un : à l’unité nationale, parce qu’un pays est plus fort lorsqu’il rassemble toutes ses forces politiques dans la responsabilité pour lutter contre le terroriste ; et j’appelle tous ceux qui ont une responsabilité publique à éviter les démagogies et les outrances.

Roland Sicard
Alors sujet très différent ! La presse révèle ce matin que Serge Dassault aurait touché cinquante-trois millions venus de Suisse, son comptable a été entendu par la police, est-ce que vous confirmez ?

Bernard Cazeneuve
Je ne confirme jamais rien qui relève de la compétence des juges, c’est pour moi une déontologie républicaine. On est dans un système de séparation des pouvoirs, lorsqu’il y a une affaire qui est judiciarisée, le ministre de l’Intérieur  notamment doit se taire et vous savez que j’ai engagé une action massive lorsque j’étais ministre du Budget de lutte contre la fraude fiscale qui a donné des résultats qui se chiffrent en milliards et vous avez remarqué que ces résultats nous les avons obtenus sans que je parle beaucoup lorsque j’étais ministre du Budget parce que ces sujets-là se traitent dans le respect de la règle et le droit.

Roland Sicard
Une dernière question ! La loi sur la réforme territoriale revient aujourd’hui devant l’Assemblée, il restera combien de régions au final ?

Bernard Cazeneuve
Notre projet est que la carte qui est sortie du premier débat de l’Assemblée nationale, elle est de treize Régions, soit celle qui soit définitivement adoptée par le Parlement parce qu’elle repose sur le bon équilibre et nous allons avoir un débat que je souhaite le plus riche et le plus consensuel possible à l’Assemblée...

Roland Sicard
Il y aura des économies de faites ?

Bernard Cazeneuve
Mais bien entendu qu’il y aura des économies, parce que, quand des régions se regroupent et qu’elles regroupent leur politique d’achat, qu’elles regroupent leur politique de gestion des ressources humaines ou de gestion de leurs finances, à la fin ça fait des économies d’échelle.

Roland Sicard
Merci.

Bernard Cazeneuve
C’est moi.

Roland Sicard
William ! C’est à vous.

William Leymergie
Merci messieurs.


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