Grande cause nationale 2016 : « Adoptons les comportements qui sauvent »

Grande cause nationale 2016 : « Adoptons les comportements qui sauvent »
15 septembre 2016

Discours de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, à l'occasion du lancement de la Grande cause nationale 2016: « Adoptons les comportements qui sauvent » - Paris, le 14 septembre 2016.


- Seul le prononcé fait foi -

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Préfet, Directeur général de la Sécurité civile et de la Gestion des crises,

Monsieur le Président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Mon Colonel,

Monsieur le Président de la Fédération nationale de la Protection civile,

Monsieur le Président de la Croix-Rouge française,

Mesdames et Messieurs,

Nous vivons une époque qui porte à s’engager. Et ce à tous les niveaux. C’est la raison pour laquelle, en mai dernier, le Premier ministre a décidé de faire de la campagne « Adoptons les comportements qui sauvent » la Grande Cause nationale de l’année 2016.

Je veux tout d’abord remercier les trois associations de sécurité civile présentes à mes côtés. Regroupées au sein d’un même collectif, elles sont en effet à l’origine de l’initiative que nous lançons aujourd’hui. Je veux parler de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, qui nous accueille dans ses locaux, de la Croix-Rouge française et de la Fédération nationale de la Protection civile, dont j’ai eu le plaisir de participer au 51e congrès annuel, samedi dernier, à Châteauroux.

Ces trois associations entretiennent depuis longtemps des liens particulièrement étroits avec le ministère de l’Intérieur. Grâce à leurs milliers de bénévoles, auxquels je veux rendre hommage, elles incarnent et font vivre un modèle d’engagement citoyen dont notre pays a, je le crois, plus que jamais besoin : des femmes et des hommes qui font le choix, en conscience, de consacrer une partie importante de leur temps à l’intérêt général et au service de la collectivité.

Sans relâche, en toutes circonstances et sur l’ensemble du territoire national, ils viennent au secours de leurs concitoyens dès lors que la situation l’exige. Ils leur portent assistance et les soutiennent dans l’épreuve. Ils leur transmettent aussi une partie de leur savoir et de leur savoir-faire à l’occasion de séances de formation aux premiers secours et aux gestes qui sauvent. Ainsi, chaque citoyen peut, lui aussi, dès lors qu’il maîtrise les réflexes essentiels, aider à sauver des vies, ou bien sauver la sienne propre, en cas de crise ou d’accident. Former aux premiers secours, c’est donc donner à chacun les moyens de contribuer à l’œuvre de sécurité collective.

Cette forme d’engagement n’a jamais été aussi indispensable qu’aujourd’hui, alors que, depuis janvier 2015, notre pays est confronté à une menace terroriste d’une gravité sans précédent sur notre sol. Ce fut encore le cas cet été, avec l’horreur perpétrée à Nice, puis à Saint-Etienne-du-Rouvray. Nous devons donc nous préparer, dès à présent, collectivement et chacun dans son rôle, à faire face à d’autres attentats. Car notre réponse à la menace ne passe pas seulement par la mobilisation des forces de sécurité ; elle passe aussi par la mobilisation de l’ensemble des Français.

A cet égard, je constate que, depuis les attentats de 2015 et 2016, il y a, parmi nos concitoyens, une très forte attente en la matière. Voilà pourquoi j’ai décidé, en février dernier, d’étendre à l’ensemble du pays une initiative de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris en lançant une vaste campagne de sensibilisation aux gestes qui sauvent. Le succès a été au rendez-vous et le résultat a dépassé nos espérances : en à peine un mois, plus de 8 000 sessions ont été organisées, qui ont permis de former près de 80 000 personnes, grâce à la mobilisation des associations de sécurité civile et des unions départementales de sapeurs-pompiers.

Notre devoir à tous est d’entretenir cette flamme et ce formidable élan de solidarité. Car c’est ainsi que l’on assurera la résilience de notre pays face aux risques et aux menaces susceptibles de nous frapper. Dans le contexte actuel, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, le temps est venu, pour chacun de nos compatriotes, de se poser la question : « Qu’est-ce que je peux faire pour mon pays ? »

Dès le 16 juillet dernier, j’ai lancé un appel aux Français pour qu’ils rejoignent, dès lors qu’ils le peuvent et le souhaitent, les rangs de la réserve opérationnelle de la Gendarmerie et de la Police nationales, mais aussi les unités de sapeurs-pompiers volontaires, le Service civique, les associations agréées de sécurité civile, ainsi que les formations aux premiers secours. Car, en la matière, il n’y a pas de petits engagements. Chacun d’entre eux nous est précieux, chacun d’entre eux nous est utile. Et chaque Français peut contribuer à l’effort collectif, en fonction de ses disponibilités, de ses compétences et de ses envies.

Aujourd’hui, nous voilà donc réunis pour le lancement d’une nouvelle campagne de sensibilisation, laquelle entend soutenir et valoriser le rôle des associations de sécurité civile dans leurs activités de transmission et de formation de nos concitoyens. Pendant plus de trois mois, cette grande campagne nationale va ainsi mettre en lumière les enjeux de la prévention des risques et les réactions nécessaires permettant d’en réduire les conséquences. Son objectif sera de rappeler à tous les Français combien il est important de se former aux gestes de premiers secours.

Cela est bien sûr valable dans les situations de crise grave. Trop souvent, en de telles circonstances, lorsque survient le tragique, l’inattendu, nos concitoyens se retrouvent démunis et dans l’incapacité de pratiquer les gestes élémentaires qui permettront de maintenir en vie une personne blessée, le temps que les secours arrivent sur les lieux. Pourtant, comme cela fut le cas lors des attentats de Paris et de Nice, la maîtrise des réflexes et des techniques de secourisme peut faire la différence dans les premiers instants qui suivent le drame. Dans les situations extrêmes, entre une vie perdue et une vie sauvée, il n’y a parfois que l’intervention courageuse et lucide d’un simple citoyen formé aux gestes adéquats.

Mais ces formations sont aussi extrêmement utiles dans les situations de la vie quotidienne. Chaque année, les accidents de la vie courante entraînent l’admission aux urgences de plus de 4 millions de Français et l’hospitalisation de 500 000 d’entre eux. Malheureusement, ils provoquent aussi la mort de 20 000 personnes en moyenne. Ils constituent d’ailleurs la première cause de décès chez les enfants de moins de 15 ans. Une grande partie de ces drames, lesquels concernent chaque année un foyer sur deux, pourrait être évitée en adoptant des comportements de prudence élémentaire et en maîtrisant de simples gestes de prévention. Des gestes et des comportements que tout un chacun peut apprendre et mettre en pratique sans la moindre difficulté.

Cette ambition doit mobiliser l’ensemble de la société, des citoyens et leurs familles aux services de l’Etat, en passant par les collectivités territoriales, les entreprises, les lieux de formation ou de loisir. La prise de conscience doit être collective, et j’espère que les messages diffusés par le Collectif national « Adoptons les comportements qui sauvent » susciteront des débats et des réflexions riches, ainsi que de nombreuses initiatives locales.

Le mouvement qui s’est levé après novembre 2015 ne doit pas retomber. Dans le domaine du secourisme, la France accuse un retard important par rapport à nombre de nos voisins européens, où la part des citoyens formés aux premiers secours peut atteindre jusqu’à 80% de la population. A l’inverse, 15% seulement des Français ont suivi une telle formation : nous avons donc une très importante marge de progression.

Je salue donc l’initiative du Collectif national qui a notamment décidé de mener une campagne spécifique de formation, le 12 novembre prochain, baptisée « Le Samedi qui sauve ». J’espère que de nombreux Français répondront à cette proposition supplémentaire qui leur est faite de venir s’informer et se former. 

Selon moi, c’est d’ailleurs en priorité auprès des jeunes que nous devons intervenir. Pour certains d’entre eux, ces formations constitueront sans doute une première étape avant un engagement plus pérenne dans la sécurité civile. Avec Najat VALLAUD-BELKACEM, la ministre de l’Education nationale, nous avons donc décidé que, pour l’année scolaire 2016-2017, tous les élèves de 3e bénéficieraient soit d’une initiation de deux heures aux premiers secours, soit de la formation « Prévention et Secours Civiques » de niveau 1. De même, l’ensemble des élèves délégués de classe, au collège comme au lycée, recevront également une formation au secourisme. En tout, cela représente 1,2 millions de jeunes : c’est là un chiffre record pour un effort exceptionnel, qui témoigne de notre détermination en la matière.

Aussi, je veux remercier l’ensemble des partenaires publics et privés qui ont d’ores et déjà contribué à cette Grande cause nationale en apportant leur soutien financier, en plus de celui de l’Etat, ainsi que les personnalités engagées qui ont accepté d’en être les ambassadeurs. Je pense notamment à David GINOLA, que je remercie très chaleureusement.

Désormais, c’est à chaque citoyen de se mobiliser et de faire en sorte que cette campagne soit un grand et beau succès, utile à la collectivité. 

Face aux risques de toute nature auxquels nous sommes confrontés, le défi qu’il nous faut relever est celui de la préservation de notre environnement et de nos habitudes de vie. Nous y parviendrons en nous adaptant aux évolutions du monde qui nous entoure sans pour autant nous départir de notre sang-froid. Une société plus forte et résiliente, capable de faire face aux épreuves qui se présentent à elle, dans l’unité et la solidarité : tel est l’objectif que nous poursuivons, telle est l’ambition qui doit nous tous animer.

C’est là un enjeu qui engage l’idée même que nous nous faisons de la France et de la République, dans leurs manifestations les plus quotidiennes. Nous croyons, Mesdames et Messieurs, en un modèle de société où le service des autres est plus important que l’obsession de soi, où la solidarité doit primer sur l’individualisme, où chacun d’entre nous est lié au monde.

Il y a un grand principe républicain qui résume cet idéal : celui de Fraternité. La Fraternité ne se décrète pas : elle vient des citoyens eux-mêmes, qui reconnaissent appartenir à la même communauté humaine et qui, dès lors, se tiennent ensemble en toutes circonstances. Puisse la campagne « Adoptons les comportements qui sauvent », Grande Cause nationale de l’année 2016, y contribuer à sa façon : tel est le vœu que je formule aujourd’hui devant vous.

Je vous remercie.