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La gendarmerie laboure en terrain agricole

Consultation de sûreté chez un agriculteur © MI/SG/Dicom/JL.Ziegler

Prévenir la délinquance en milieu agricole, protéger les exploitations, c’est aussi une façon de renouer le lien historique entre la gendarmerie et les agriculteurs. L’Essonne est l’un des départements ayant adopté un plan de sécurité des exploitations agricoles.


L’augmentation du nombre de vol simples commis au préjudice des exploitations agricoles (vol de matériel, de culture, de carburant) a provoqué la mobilisation des pouvoirs publics. Le ministre de l'Intérieur et le ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt ont adopté le 11 mars 2014 le plan d'action de lutte contre les vols dans les exploitations agricoles. Il intervient dans le cadre du plan national de lutte contre les cambriolages et les vols à main armée. Plus de la moitié des départements français ont décliné cette initiative dont l’Essonne, avec son plan départemental de sécurité des exploitations agricoles rédigé par colonel Sylvain D., commandant du groupement de gendarmerie de l’Essonne, le 17 avril 2014.

Quatre mesures phares y sont développées : assurer une présence dissuasive et ciblée de la gendarmerie dans les bassins agricoles ; mobiliser les moyens d’enquête judiciaire autour de la sécurité du monde agricole ; renforcer la protection des exploitations agricoles et le partenariat avec les agriculteurs et leurs représentants. À cet effet, le préfet de l’Essonne, le président de la chambre interdépartementale de l’Île de France et le colonel D. ont signé une convention « Alerte Agri 91 » qui met en place un réseau d’alerte SMS.

« Dès lors qu’ils sont confrontés à un fait ou qu’ils constatent quelque chose d’anormal dans leur exploitation, les agriculteurs ont pour consigne d’appeler le 17 » rappelle le chef d’Escadron K., officier adjoint renseignement au groupement de gendarmerie de l’Essonne. Ensuite, la chaîne d’alerte se met en place : un agriculteur signale par exemple un vol de tracteur, l’opérateur du CORG (centre opérationnel et de renseignement de la gendarmerie), situé à Évry, dépêche la patrouille sur place, puis envoie à tous les adhérents au dispositif « Alerte Agri » un SMS limité à 160 caractères, contenant les faits constatés, le lieu de commission et les renseignements connus sur l’auteur, ainsi que des conseils de prudence et une incitation à ne pas intervenir :

Le dispositif Alerte Agri 91 met en place un réseau d’alerte SMS © MI/SG/DICOM/J.L Ziegler

« AGRI 91. Restez vigilants, n’intervenez pas, SI INFO APP 17. Vol tracteur John Deer à Bouville ce jour à 15h00. Direction fuite ignorée.»

Les agriculteurs sont ainsi amenés à signaler à la gendarmerie tous faits qui pourraient aider à la résolution de l’affaire. « Cette participation citoyenne nous permet d’augmenter les chances de flagrants délits, souligne le colonel D.. Les agriculteurs sont des agents de renseignement de très grande qualité. Ils connaissent parfaitement la terre, ils se connaissent entre eux, observent, et sont capables de faire remonter le renseignement. »  L’information est aussi envoyée par e-mail aux CORG limitrophes et au DDSP.

La gendarmerie a signé un protocole avec la police afin d’intégrer les exploitations implantées en zone police à la convention. En appelant le 17, les agriculteurs donnent leurs informations ou alertes au CIC (centre d’information et de commandement) de la DDSP qui les transmet à la gendarmerie.

Recréer le lien avec les agriculteurs

Romuald est agriculteur à Étampes depuis 1992. Il produit des céréales, des betteraves, du colza, et des petits pois. Il possède 170 hectares répartis sur deux sites. Déjà victime de vol de métaux et de flexibles, il constate depuis 10 ans une recrudescence de cette délinquance. « Avant, le midi, je laissais mon matériel et mon tracteur dans le champ, maintenant je dois tout ramener, témoigne-t-il. J’ai un coupe-circuit intégré au tracteur et j’ai dû installer un portail pour sécuriser le corps de ferme.»

Comme tous les agriculteurs du département, Romuald a reçu la visite de la brigade de gendarmerie, venue établir un premier contact, donner la fiche d’informations " Protection des installations agricoles ", et parler du dispositif Alerte Agri. Le message des forces de l’ordre est clair : « Ce qui vous intrigue nous intéresse, faites le 17 !»

« On a d’abord eu écho du dispositif Alerte Agri 91 par la FDSEA (Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles), raconte Romuald, satisfait de cette initiative. Pour nous c’est gratuit, on a plutôt intérêt à y participer. Quand je reçois un SMS d’alerte, je fais plus attention, je surveille les véhicules… C’est grâce à la rapidité de cette chaîne que ça peut fonctionner.»

Le référent sûreté en prévention technique de la malveillance et en vidéoprotection de l’Essonne, le Major Philippe R., se déplace sur les exploitations agricoles pour des consultations : « Je recueille les problématiques de sûreté et donne des conseils. Avant la mise en place de ce plan, je n’avais pas de contact avec les agriculteurs. Maintenant ils me sollicitent pour venir faire des consultations » explique-t’il. Dans la ferme de Romuald, il conseille par exemple d’installer une caméra dôme, détectrice de présence.

Floriane Boillot