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L’Intérieur et les professions exposées

Professions exposées © AFP/Amélie Benoist

Le ministère de l’Intérieur a engagé un partenariat avec les professions exposées à la délinquance. Les solutions qu’il propose sont d’ordre pratique, juridique voire technologique.


Le ministère de l’Intérieur est engagé aux côtés des professions exposées à la malveillance afin d’améliorer leur sécurité. Bertrand Michelin, inspecteur général de la police nationale, est leur interlocuteur direct. Il a rejoint la nouvelle délégation ministérielle aux coopérations de sécurité qui englobe désormais les professions exposées dans son périmètre d’activité. Bijoutiers, débitants de tabac, professions de santé, convoyeurs de fonds, transporteurs urbains ou entreprises de bâtiment, toutes ces professions ont été frappées lors de faits divers, dont certains dramatiques. « Je travaille avec les organisations professionnelles qui représentent ces professions, explique Bertrand Michelin.

Il s’agit d’analyser les situations auxquelles elles sont confrontées et de rechercher avec elles les solutions les plus pertinentes de quelque nature que ce soit. Notre action s’est intensifiée depuis 2010, année de la nomination d’un délégué interministériel à la sécurité privée avec lequel j’ai fait front commun sur certains dossiers comme celui de la sécurité du transport de fonds. »

Ces professionnels, exposés à des agressions de toutes sortes, ont en commun de manipuler des espèces, de détenir ou de vendre des biens, produits ou marchandises de valeurs, et sont en relation directe avec le public. Les solutions qui leur sont proposées peuvent être d’ordre pratique, comme changer certaines habitudes et adopter de meilleurs comportements face aux menaces.

Par exemple, les bijoutiers installés à proximité des entrées des centres commerciaux sont davantage exposés au risque de vols à main armée. Ceux qui s’installent tiennent désormais compte de cette donnée.

D’autres solutions portent sur l’organisation des forces de sécurité de l’État sur le terrain, avec par exemple des patrouilles adaptées à certains créneaux horaires ou, comme avec le plan anti hold-up, aux périodes de fêtes et de soldes.

Ce plan a d’ailleurs été anticipé cette année au 15 octobre dans certains départements. Il s’agit également de conduire des actions de sensibilisation auprès de ces professions (voir encadré), à l’instar de la réunion à laquelle participait Bertrand Michelin le 16 novembre dernier au conseil national de l’ordre des médecins. Il s’agit aussi de prodiguer des conseils pour la prévention technique de la malveillance, travail réalisé avec le réseau des 400 référents et 800 correspondants sûreté de la police et de la gendarmerie.

Les solutions peuvent aussi être juridiques comme ce fut le cas avec le transport de fonds. Sa réglementation a été remaniée en octobre 2012, en concertation avec les professionnels du secteur, afin d’imposer de nouvelles normes, comme par exemple pour  l’aménagement des centres-forts ou des locaux où sont installés les distributeurs automatiques de billets (DAB). Pour les bijoutiers, des mesures réglementaires interdisent désormais les transactions en espèces pour les métaux précieux et le projet de loi sur la consommation comporte des mesures pour sécuriser les achats d’or et donc rendre plus difficile l’écoulement de bijoux volés. Les solutions sont aussi technologiques.

Ainsi, les systèmes anti-intrusion par vaporisation de produits marquants codés, expérimentée depuis deux ans dans des centres commerciaux en Seine-Saint-Denis et dans les Bouches-du-Rhône. « Depuis l’installation de ces dispositifs il n’y a eu aucun braquage dans ces centres alors qu’ils étaient régulièrement attaqués, indique Bertrand Michelin. Ce dispositif sera déployé, y compris au bénéfice des commerçants de centre-ville. Il faudra, bien sûr, que les services locaux de police et de gendarmerie aient une exacte connaissance de l’existence, du fonctionnement de ces équipements, mais également des bénéfices qu’ils peuvent tirer de leur exploitation dans leurs recherches des auteurs d’infraction. Il faudra qu’ils sachent, en fonction des différentes technologies proposées, comment on identifie la trace et comment on l’analyse ».

Bertrand Michelin participe également aux réunions des commissions sûreté où siègent, au niveau national, les grandes enseignes. « Ces réunions sont l’occasion de leur présenter l’évolution de la délinquance et des modes opératoires en relation avec leur activité. Cela permet également de répondre à leurs interrogations sur l’évolution de la réglementation, comme c’est le cas de la réforme du livre VI du code de la sécurité intérieure relatif aux activités privées de sécurité, ou sur l’apparition de nouvelles technologies ».

Les professions de santé

Les professionnels de la santé sont agressés par des patients irascibles ou des malfaiteurs qui cherchent des espèces, du matériel ou des produits. « Le phénomène est assez récent pour eux, explique Bertrand Michelin. Pour les aider à l’affronter, nous avons élaboré ensemble un protocole national pour la sécurité des professions de santé, qui organise le partenariat entre elles et les forces de police et de gendarmerie. Ce partenariat est aussi constitué d’échanges d’informations, de conseils prodigués par les référents sûreté, de  procédures de signalement et d’alerte.

« Avec l’ordre des médecins et un opérateur de téléphonie mobile, nous avons mis au point un boîtier de géosécurisation. De la taille d’une télécommande de porte de garage, il est géolocalisable dès sa mise en service. En cas d’agression, une simple pression sur un bouton renvoie l’alerte soit à un télésurveilleur, un parent ou un collaborateur. Nous l’avons testé en Seine-Saint-Denis avec un renvoi au centre d’information et de commandement de la police nationale. Ce dispositif est actuellement utilisé par les médecins de garde du  Val-de-Marne, avec un renvoi d’appel au 15, centre de régulation du SAMU. Nous avons aussi fait réaliser des vidéos pédagogiques par l’Institut national de la formation de la police nationale à Clermont-Ferrand. Celles-ci représentent des situations réelles d’agressions vécues par des professionnels de santé. Ces vidéos sont ensuite utilisées comme support de sensibilisation afin de provoquer des réactions destinées à faciliter la réflexion sur les attitudes à adopter face à chaque situation. Deux films vidéo ont été tournés. Un troisième est en cours. »