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Inhumo « in vivo »

Recherche de cadavres enfouis © MI/LPC Gendarmerie/P.Chabaud

Les scientifiques de l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale ont investi durant deux jours le camp militaire de Viroulou, dans le Lot. Objectif : expérimenter leur arsenal de pointe en matière de recherche de cadavres enfouis.


La recherche de cadavre enterré, dans le cadre d’une enquête criminelle, nécessite la mise en place de moyens spécialisés et le suivi d’un rigoureux protocole d’action. Quand les enquêteurs déterminent une zone dans laquelle un cadavre est susceptible d’être enterré, il leur est possible de demander l’intervention d’unités spécialisées de la gendarmerie pour procéder à la recherche et à l’excavation. L’exercice Inhumo, qui s'est déroulé les 8 et 9 octobre derniers sur le camp militaire de Viroulou, à Gramat (Creuse), avait pour objectif d’éprouver « la complémentarité et la coopération de tous ceux qui sont amenés à intervenir sur une recherche de corps enfoui. Nous avons adopté une approche pluridisciplinaire », explique le directeur de l’exercice, le chef d’escadron Emmanuel G., de l’unité nationale d’investigations criminelles (Unic), à l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN).

Le projet a débuté il y a six mois avec la dépose de deux carcasses de moutons  sur un terrain du centre national d’instruction cynophile de la gendarmerie (CNICG). L’une était enterrée et l’autre déposée à l’air libre, protégée des prédateurs par une cage métallique. Des indices potentiels comme des éléments balistiques (étuis et projectiles), prothétiques (prothèses dentaires), ainsi que des enregistreurs de température facilitant l’étude de l’ensemble de ces paramètres dans le temps, avaient été dispersés sur le terrain d’exercice.

L'exercice Inhumo eut pour objectif de tester les méthodes de travail de chaque intervenant sur une recherche de corps enfoui. Les recherches ont débuté par des observations aériennes par hélicoptère. Puis les gendarmes du groupe national d’investigation cynophile de la gendarmerie et leurs chiens, spécialisés en recherche de cadavre, sont intervenus au sol pour la phase de recherche et de localisation. Un spécialiste de l’IRCGN a arpenté la zone avec un géoradar capable de matérialiser sur un écran des différences au niveau des couches du sol. L’exercice a également été l’occasion d’expérimenter sur le terrain les instruments de pointe développés à l’IRCGN, notamment en matière de recherche mais aussi de fixation, tels que le Vecteur aérien d’investigation criminelle (VAIC) et les instruments de géomètre. Pour des prises de vues en complément du VAIC, un hélicoptère avait été dépêché du détachement aérien de gendarmerie d’Égletons. Un détecteur de métaux a été utilisé pour rechercher d’éventuels indices enterrés (outils, armes, etc.) « Avant toute intervention sur une scène de crime, la fixation des lieux est indispensable, rappelle le chef d’escadron. Elle conditionne les analyses à venir et sera notamment déterminante lors du procès ». L’IRCGN arrive ainsi à recréer la scène à l’aide de divers instruments, puis à la modéliser numériquement en 3D.

Le groupement de gendarmerie départementale du Lot avait aussi engagé sur cet exercice les techniciens en identification criminelle de la cellule d’identification criminelle (Cic). Cette ressource en spécialités de scène de crime est complémentaire et indispensable pour les experts de l’IRCGN.

Inhumo aura enfin permis à l’IRCGN d’essayer de nouvelles méthodes de travail et de perfectionner des techniques déjà éprouvées. « Notre deuxième objectif était de tester de nouvelles pratiques et de développer des approches novatrices qui en sont encore au stade expérimental », explique Emmanuel G. Un archéologue, officier de réserve, a permis de tirer partie des méthodes de travail de l’archéologie forensique. Associé à des anthropologues, il forme une équipe complémentaire d’experts, dont l’action coordonnée permet d’excaver un corps ou des pièces osseuses sans altérer d’autres éventuels éléments de preuve ou informations, potentiellement déterminants pour la suite de l’enquête (par exemple en identifiant les outils qui ont servi à creuser la fosse).

Lors de la première phase de recherche, il a été fait appel à une gendarme du centre des opérations et de renseignement de la gendarmerie des Landes. Cette férue de fauconnerie travaille actuellement sur un projet d’utilisation en France des capacités olfactives des urubus, rapaces appartenant à une espèce nécrophage.

Dans le domaine de l’entomologie, l’expérience permettra d’analyser les insectes nécrophages collectés sur une carcasse enterrée et sur une carcasse à l’air libre. A partir de cette étude comparative, les spécialistes affineront leurs connaissances et, par la suite, apporteront des informations plus précises aux enquêteurs. Dans un registre moins spectaculaire, mais tout aussi efficace, une étude de la flore a été réalisée il y a six mois, lors de la mise en place du dispositif et le jour du déterrage. Une analyse là-encore comparative apportera d’autres informations qui pourront s’avérer utiles par la suite. L’exploitation des nombreuses données collectées est en cours.