La sécurité dans les transports en commun - La gendarmerie sur tous les axes

La sécurité dans les transports en commun : la gendarmerie sur tous les axes

3 questions au général Hervé Renaud, adjoint au directeur des opérations et de l'emploi à la direction générale de la Gendarmerie nationale.


La sécurité des réseaux, qu'ils soient routiers, ferrés, aéronautiques, maritimes ou fluviaux, et de leurs usagers est un véritable enjeu de société. En charge de près de 95 % du territoire, la gendarmerie inscrit son action dans une logique de maîtrise des espaces et des flux, qui intègre l'ensemble de ces réseaux.

Civique : Quel enjeu représente la sécurité des transports pour la gendarmerie ?

Général Hervé Renaud :

La sécurité des réseaux de transports et de leur environnement constitue un enjeu stratégique. Cette notion n'est pas nouvelle. En 1720 déjà, afin d'améliorer la lutte contre le brigandage, Louis XV avait territorialisé les brigades de gendarmerie. Ces dernières furent alors implantées sur des points névralgiques du réseau routier naissant. L'actualité du XXIe siècle n'est donc pas si éloignée de cette page d'histoire, essentielle quant au développement du « concept gendarmerie ». La sécurité des réseaux, qu'ils soient routiers, ferrés, aéronautiques, maritimes ou fluviaux, est un enjeu de société. Ces vecteurs de déplacement, de plus en plus modernes, ont "raccourci" le monde et l'ont décloisonné. Dans le même temps, leur sensibilité en matière de sécurité s'est exacerbée. Cette préoccupation concerne les vecteurs eux-mêmes, les personnes transportées, les réseaux et leur environnement.

Civique : Dans quels domaines la gendarmerie intervient-elle ?

Général Hervé Renaud :

Dans le domaine routier, la lutte contre l'insécurité et la recherche d'une baisse significative du nombre de victimes constituent une priorité gouvernementale. S'agissant des transports en commun, la gendarmerie nationale porte une attention soutenue au contrôle des cars, tant de tourisme que de ramassage scolaire, afin de prévenir d'éventuels drames. Respect des temps de conduite, équipement des véhicules, nombre de passagers, absence de consommation d'alcool ou de stupéfiants par les conducteurs font l'objet de toute l'attention des unités, au même titre que la protection des voyageurs, des conducteurs et des contrôleurs contre toutes les formes de délinquance. Dans le domaine aérien, la gendarmerie des transports aériens a significativement intensifié le contrôle des zones réservées des aéroports, et notamment du fret, en liaison avec l'ensemble des autres opérateurs. Sur les aérodromes secondaires, la gendarmerie a renforcé sa présence afin de mieux y contrôler les flux de toutes natures.
Dans le domaine maritime, le tonnage transporté continue de croître et les déplacements de conteneurs et de matières dangereuses constituent également un enjeu de sécurité. Le renforcement des mesures de sûreté dans les ports français, auxquelles participe la gendarmerie, est de fait indispensable. La création des pelotons de gendarmerie de sûreté portuaire dans les ports d'intérêt majeur du Havre et de Marseille constitue à cet effet une initiative prometteuse. Dans le même esprit, et dans le prolongement naturel de cette activité portuaire, le contrôle de l'activité fluviale, tant liée au fret qu'à la plaisance ou aux croisières, est une mission essentielle qu'il faut appréhender à l'échelon européen. Le commandement de la gendarmerie des voies navigables, associé au dispositif européen Aquapol, permet d'ores et déjà des avancées significatives en matière d'efficience des contrôles.
Enfin, le réseau ferré constitue également une préoccupation forte, puisqu'il s'agit d'assurer la sécurité des usagers et du réseau. La protection des premiers se traduit par un engagement fort dans les gares et leurs abords, ainsi que dans certains trains sensibles, et ce en étroite coordination avec l'ensemble des services engagés et les opérateurs. Le réseau, et plus globalement les infrastructures font, de leur côté, l'objet d'une attention spécifique. Outre le préjudice financier qu'elles engendrent, les dégradations d'envergure, qu'elles soient assimilables à des actes de terrorisme, liées à des délits d'appropriation (vols de métaux), ou gratuites, menacent directement la sécurité des usagers. Des réponses adaptées sont mises en oeuvre. Elles peuvent être de nature tactique et s'appuyer sur la bonne connaissance du terrain par les unités ou s'adosser sur les moyens technologiques modernes (hélicoptères équipés de capteurs "haute performance", vidéoprotection). Elles relèvent aussi d'un meilleur échange d'informations entre l'ensemble des partenaires concernés (forces de gendarmerie, unités de police, opérateurs, collectivités, autorités administratives et judiciaires, entreprises).
Par ailleurs, l'élaboration de plans spécifiques permet de mieux prendre en compte ces phénomènesd'envergure et de les appréhender de façon globale. Le récent plan ministériel destiné à mieux lutter contre les vols de métaux en est une illustration.
Enfin, dans l'hypothèse d'une crise majeure à dominante terroriste affectant l'un des vecteurs cités, le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) constitue un outil spécifiquement entraîné, de nature à offrir à l'autorité en charge de l'événement, une réponse adaptée.

Civique : Quels sont les défis à venir pour la gendarmerie ?

Général Hervé Renaud :

Le XXIe siècle sera, plus encore que le précédent, associé à la mobilité des hommes. Il importe donc que la sécurité relative à l'ensemble des vecteurs soit à la hauteur de l'enjeu. La gendarmerie nationale apportera toute sa contribution à cette mission, dans tous les domaines concernés.
Couvrant les 550 000 km² de l'Hexagone, le réseau ferroviaire français constitue un défi majeur en termes de sécurité. Quelque 30 000 km de voies ferrées, 3 000 gares, de nombreux ouvrages d'art de toutes natures (ponts, tunnels), des points sensibles (stations d'alimentation électrique, gares de triage, chantiers  divers), des millions de kilomètres de câbles électriques très prisés par les malfaiteurs, etc. Les vulnérabilités potentielles des structures ne manquent pas. Il faut y ajouter les atteintes aux personnes transportées, principalement sous forme d'agressions dans les rames et gares, ainsi que les dégradations du matériel roulant (tir d'armes à feu, jets de pierres, obstacles sur les voies, tags, etc.). Face à celà, l'organisation de la gendarmerie paraît particulièrement adaptée. En charge de la sécurité de nos concitoyens sur près de 95 % du territoire, la gendarmerie inscrit son action dans une logique de maîtrise des espaces et des flux, qui intègre bien évidemment le réseau ferré. Dès le niveau élémentaire de la brigade territoriale autonome ou de la communauté de brigades, la vulnérabilité du réseau ferroviaire implanté sur la circonscription et ses spécificités sont intégrées dans la conception quotidienne du service et font l'objet d'orientations particulières. Ces dernières sont facilitées par les contacts locaux fructueux, entretenus avec les cadres de la SNCF et de RFF. La connaissance du terrain et des interlocuteurs constitue un gage essentiel de réussite. Face à des menaces potentielles ou identifiées, ces échelons locaux sont, dans une logique de complémentarité, renforcés par l'ensemble des structures de la gendarmerie nationale : des pelotons de surveillance et d'intervention aux unités de recherches, sans oublier l'office central de lutte contre la délinquance itinérante, particulièrement performant dans la lutte contre les vols de métaux. En haut du spectre, le savoir-faire du GIGN en matière de contre-terrorisme ferroviaire constitue également une carte majeure à la disposition de l'État.

L'importance de ces enjeux de sécurité implique un investissement conséquent, auquel la gendarmerie nationale répond par l'engagement au quotidien de l'ensemble de ses unités territoriales, de ses PSIG, de ses unités mobiles et de ses formations spécialisées.