Christian Gaudin, le préfet des terres extrêmes

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Ouvrier à 20 ans, ingénieur à 30, docteur ès sciences à 40 et sénateur à 50, Christian Gaudin coiffe, à 60 ans, la casquette de préfet, administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises. Il apporte à cette collectivité, vouée au soutien à la recherche sur la biodiversité, toute son expérience scientifique et politique.


À la tête de la plus atypique de nos collectivités d'outre-mer, les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF, voir encadré), il fallait un préfet au parcours tout aussi singulier. Le choix de nommer Christian Gaudin est tombé sous le sens.

Avant sa nomination, en 2010, en qualité de préfet, administrateur supérieur des TAAF, Christian Gaudin a eu mille vies. Et mille vies bien remplies, mais toutes reliées par un fil rouge à deux trames : une vocation scientifique et un engagement personnel dans la vie publique.

Christian Gaudin commence sa carrière comme ouvrier spécialisé, puis agent de maîtrise. Bénéficiant des formations en cours du soir du Conservatoire national des arts et métiers, il décroche ensuite un diplôme d'ingénieur. Chercheur dans l'âme, il a la passion de transmettre : il choisit donc l'enseignement. Chef de travaux en lycée d'enseignement technique, il devient rapidement professeur certifié. Parallèlement, il s'engage en politique. Dans le Maine-et-Loire, il est conseiller municipal de sa commune, avant d'en devenir maire pendant quatorze ans. En 1992, après son doctorat, il obtient un poste de maître de conférences à l'École centrale et, la même année, il est élu conseiller général de son département avant d'en devenir deux ans plus tard le premier vice-président.

L'année 2001 marque un tournant dans sa carrière : son engagement et son enracinement politiques le conduisent à briguer un siège au Sénat. "À cette époque, j'ai choisi de quitter ma fonction universitaire pour me consacrer entièrement à mon mandat parlementaire", explique-t-il. Pour autant, Christian Gaudin n'abandonne pas sa vocation première et continue, mais cette fois dans le cadre de ses nouvelles responsabilités, à s'occuper de recherche et d'innovation. Ainsi, par exemple, il est, dès 2002, rapporteur du projet de loi sur le protocole de Madrid, qui prévoit, dans le cadre du traité international de l'Antarctique, de consacrer ce continent à la science. Autre exemple, à partir de 2003, il va s'investir dans le dossier des pôles de compétitivités qui sont alors mis en place sur l'ensemble du territoire. En 2005, il devient membre de la commission des finances du Sénat où il est plus particulièrement chargé, en tant que rapporteur spécial, du budget de la recherche : "En qualité de parlementaire, mon rôle était d'évaluer l'utilisation des moyens publics consacrés à la recherche, mais aussi d'apporter une expertise sur les conséquences des évolutions de la recherche sur le plan sociétal." À ce titre, il représente le Parlement au sein de l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur.

Lors de la Présidence française de l'Union européenne en 2008, il est nommé parlementaire en mission auprès de la ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur et propose la préfiguration d'un Observatoire multidisciplinaire et international au pôle Nord. "Mon rôle était de favoriser le renforcement des liens entre les États par la voie de la communauté scientifique internationale et, à ce titre, de travailler à l'ouverture des relations internationales, notamment européennes, sur les enjeux fondamentaux du pôle Nord résultant de la disparition progressive de la banquise."

C'est dans ce contexte, fort de sa connaissance du monde scientifique et de son expérience en matière politique et de relations internationales, qu'il est nommé, le 11 octobre 2010, préfet, administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises. "Dans ces fonctions, je retrouve tous les aspects de mon parcours professionnel, observe-t-il avec amusement. En qualité de préfet, j'assure le rôle de représentant de l'État, où j'ai la responsabilité de conduire l'action gouvernementale – très orientée sur le soutien et le développement de la recherche s'agissant des TAAF. En qualité d'administrateur supérieur, je retrouve mes préoccupations de gestionnaire de collectivité, sous tous ses aspects, humains et logistiques."

Christian Gaudin est un préfet comblé : les Terres australes et antarctiques françaises, par l'amplitude de leur emprise sur 80 % de latitude de l'hémisphère Sud et par la richesse de leur biodiversité, forment une collectivité privilégiée en matière d'observation des changements et des échanges à l'échelle de la planète. Un terrain d'action rêvé pour le chercheur qu'il est resté.

Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) s'étendent des tropiques au continent antarctique et n'abritent aucun habitant autochtone. Elles se composent de l'archipel Crozet et des îles Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam, de la Terre Adélie, des Îles éparses situées sur le canal du Mozambique, avec les Glorieuses, Juan de Nova, Bassas de India, Europa, et, enfin, de Tromelin, au nord de La Réunion. Les compétences des TAAF sont axées sur le soutien à la recherche scientifique ainsi que sur la protection d'écosystèmes fragiles.
Avec 2,3 millions de km2 d'espace maritime, les TAAF, outre qu'elles offrent d'importantes ressources halieutiques dont la gestion durable est une priorité, assurent à la France une présence importante sur l'ensemble de l'hémisphère Sud.