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Secours de haut vol

Secours de haut vol
29 juillet 2020

Embarquez pour des secours en hélicoptère avec le peloton de gendarmerie de haute-montagne de l’Isère !

Depuis le poste de secours de l’Alpe d’Huez, ces gendarmes interviennent tout l’été pour porter assistance aux vacanciers, du parapentiste coincé dans un arbre à la cordée d’alpiniste en difficulté…


L’été, les paysages majestueux du massif des Grandes Rousses attirent les amateurs de randonnées, de canyoning, de parapente ou de VTT de descente. Autant d’activités prisées, mais non sans danger ! Alors, pendant deux mois, en alternance avec les CRS de montagne, quatre secouristes du peloton de gendarmerie de haute-montagne (PGHM) de l’Isère prennent leur quartier au poste de secours de l’Alpe d’Huez, avec l’hélicoptère Dragon 38 de la sécurité civile qui leur permettra d’accéder aux zones les plus escarpées dans les plus brefs délais, son pilote et son mécano. Un médecin du SAMU les accompagne pour les secours nécessitant une médicalisation. L’équipe est prête à décoller 24 h/24 sur toute la zone montagneuse de l’Isère : de la Chartreuse au Vercors, en passant par le petit massif du Taillefer ou le plateau matheysin, pour les connaisseurs. À 1860 mètres d’altitude, depuis leur chalet sur l’altiport, ces gendarmes sont des enquêteurs officiers de police judiciaire, mais aussi des secouristes avertis, et des montagnards rompus aux techniques d’intervention dans les milieux périlleux.

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« Aucune intervention n’est anodine »

Premier appel de la journée : un jeune garçon a chuté, en descendant à pied sur une piste à Villars-de-Lans. Il présente des plaies ouvertes à la hanche et à la jambe. L’appel au 112 a été transmis au poste d’Huez par le PGHM de l’Isère basé au Versoud, à côté de Grenoble. Sac de premier secours sur le dos, baudrier et casque vissé sur la tête, les secouristes Luc et Paul embarquent dans l’hélicoptère. Franck, le pilote, récapitule la mission : altitude, position localisée de la victime, météo, obstacles connus… avant de s’envoler au dessus des prairies, des barres rocheuses, et des remontées mécaniques. Si le panorama est grandiose, l’équipage est plutôt concentré sur les obstacles que présentent ces zones montagneuses. « Pendant le vol, chacun peut annoncer dans la radio les câbles ou les piquets qu’il peut voir, pour être sûr de ne rien oublier, explique Franck. On sécurise au maximum, on vérifie sans arrêt : être pilote d’hélicoptère, c’est un métier de tocs ! »

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Quelques minutes plus tard, la victime est aperçue en contrebas, le pilote pose sa machine sur un terrain plat et les secouristes descendent la piste : « Comment tu t’appelles ?  Peux-tu bouger tes jambes ? As-tu tapé la tête ? As-tu des allergies ? » Paul panse les plaies du garçon, pendant que Luc vérifie ses fonctions vitales. Puis il transmet le bilan par téléphone au médecin régulateur du SAMU : « Plaie à la hanche droite, mobilité conservée, constantes OK … », qui décide que la victime devra être déposée à la station Côte 2000, ou les sapeurs-pompiers l’emmèneront vers le cabinet médical. Les conditions de terrain impliquent d’utiliser le treuil : accroché au bout d’une corde, le jeune garçon est soulevé sur près de 60 mètres dans les airs, plus ou moins rassuré dans sa « culotte de treuillage ». La manœuvre est toujours délicate pour Franck et Grégory, le mécanicien opérateur de bord. « On garde une altitude de sécurité qui nous permet, en cas d’ennui technique, de repartir avec la victime au treuil en la remontant rapidement, témoigne Frank. Les conditions aérologiques, météorologiques, et chacun des éléments observés peuvent remettre en jeu une décision. Une vérité à l’instant T ne sera pas la même 5 minutes après, il faut sans cesse pouvoir s’adapter. » En montagne, et même pour de la « bobologie », aucune intervention n’est anodine. Si la vie de la victime est en jeu, celle de l’équipage et des secouristes aussi.

Parés à toute situation !

Nouvelle alerte : une dame, la cinquantaine, s’est blessée à la cheville en descendant une voie d’escalade, dans le secteur des lacs Roberts. L’intervention semble légère, mais il est souvent difficile pour les secouristes d’apprécier le degré de gravité de la situation. « Les gens qui nous appellent n’ont pas la même perception du danger. Par exemple, un homme coincé entre deux barres rocheuses peut nous dire ‟j’ai le temps, je ne vais pas tomber″, alors que s’il bouge de 30 centimètres, il est mort !, raconte le capitaine Pierre-Marie, commandant en second du PGHM 38. Et à l’inverse, quelqu’un peut être totalement paniqué sur un terrain où il n’y a aucun danger. »

Au chalet, toute sorte de matériel spécifique est disponible pour les gendarmes, au moment de partir en secours : cordes, mousquetons, broches, de quoi faire des encrages sur des parois ou des glaciers : « la quincaillerie », comme ils disent. Ils disposent de lots pour intervenir sur les accidents de  parapente, de télésiège, ou en avalanche, mais aussi d’oxygène et de matériel d’immobilisation. « Les interventions techniques sont les plus intéressantes pour nous, mais pas forcément les plus dangereuses, reconnaît Luc. Elles demandent plus de réflexion et de savoir-faire, mais la dangerosité est plutôt liée aux conditions météo et au milieu, avec le risque de chutes de pierre, ou de chute en crevasses. »
En plus de sécuriser le terrain sur le secours, les gendarmes ont un rôle d’aide à la médicalisation. Ils peuvent être amenés à préparer la perfusion, le matériel de ventilation, le plateau d’intubation… pendant que le médecin s’occupe des produits à administrer à la victime. « C’est un vrai travail en équipe qui permet de gagner des minutes précieuses sur une traumatologie grave », témoigne Julien, anesthésiste-réanimateur au CHU de Grenoble.

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Et pour parfaire à toute situation, chacun a dans son sac personnel, entre les cordes, piolets et mousquetons, des vêtements chauds et quelques barres de céréales. De quoi tenir « au cas où », comme se souvient Jérôme de cette nuit passée en paroi : « Le secours avait démarré tard et a duré longtemps. La victime a du être évacuée rapidement et je suis resté « nettoyer le chantier ». L’hélicoptère devait venir me récupérer, mais la nuit est tombée et la météo se dégradait. J’ai dû attendre jusqu’au lendemain. J’étais sur une vire (zone plate au milieu de falaise), bien accroché et protégé des chutes de pierre, mais je n’ai pas passé une très bonne nuit ! »

Certaines situations vécues marquent les militaires. Et s’ils ne ramènent pas toutes leurs sombres histoires de secours à la maison, ils peuvent compter sur l’écoute de leur équipe réduite et soudée : « Que le secours se soit bien passé, ou ait mal fini, il est important d’en parler entre nous. Avant, les montagnards étaient un peu bourrus, ne montraient rien, et ne disaient rien, mais c’est fini. Maintenant, on discute, c’est rentré dans les mœurs, même avec le plus taiseux d’entre nous », affirme Jérôme. « Les interventions les plus dures, continue-t-il, c’est peut-être celles où l’on se sent un peu dépassé. Par exemple, tu arrives sur une grosse avalanche, tu ne trouves pas la victime, tu attends du renfort. Le temps tourne, il fait froid. À un moment, tu te sens un peu seul, mais vite, tu te ressaisis. » Et parfois, ce sont des personnes décédées qu’il faut aller récupérer en montagne. « Ça fait partie du job. Mais psychologiquement, c’est moins dur d’aller chercher quelqu’un qui est déjà décédé, qu’une personne vivante mais dont tu ne sais pas si elle va s’en sortir… »

« Votre vie n’est pas en danger »

Alors que le soleil se couche sur l’altiport d’Huez, l’équipe des secours se détend autour d’un tarot. Dehors, l’orage éclate, la pluie résonne dans le chalet. Avec ce temps, Dragon ne pourra pas voler. S’il faut sortir cette nuit, ce sera en 4x4 et à pied, en « caravane terrestre ». Il est 22h30 quand le téléphone sonne, les secouristes sont sur le qui-vive. Au bout du fil, trois randonneurs en bivouac sont paniqués par la pluie et le vent qui a cassé une de leur tente. Jérôme essaye de les rassurer : « C’est vrai, il y a du tonnerre, mais vous n’êtes pas sur une zone escarpée, avec le risque de coulée de boue et d’éboulement ». « On va s’en sortir ? », s’inquiètent les randonneurs. Jérôme leur envoie un lien par SMS, qui va permettre de les géolocaliser précisément : ils se trouvent à une centaine de mètres d’une route près de la commune de Beaufin. « À part être trempés, vous ne risquez pas grand-chose, votre vie n’est pas en danger. L’orage va finir par passer, courage.» Calmés, les randonneurs prendront finalement la décision de rejoindre la route pour rentrer au village.

Le lendemain, les secours s’enchaîneront : traumatisme au poignet, fracture du tibia, arrêt cardio-respiratoire, en direction du lac Achard, du col des Deux-Sœurs, ou en renfort dans la Drôme à la station de Lus-la-Jarjatte. Chaque fois le même rituel : les pales se mettent à tourner de plus en plus vite, le bruit du moteur couvre les paroles et Dragon décolle, pointe du nez, pour s’envoler sous les regards impressionnés de quelques vacanciers au bord de l’altiport. L’hélico n’est bientôt plus qu’un point à l’horizon, se détachant à peine sur les rochers du Mont Aiguille. À l’intérieur, Paul ou ses camarades ne sont jamais blasés du spectacle aérien qu’eux seuls peuvent admirer : « Quand on part en secours, on profite rarement de ces moments de contemplation, ce n’est qu’au retour de la mission que l’on peut vraiment en profiter. Tout n’est jamais exactement pareil. Une lumière, un nuage, la position du soleil, donnent une dimension différente à chaque fois. Souvent même, quand le secours a été difficile, ces quelques minutes que l’on peut avoir là-haut, au dessus de tout le monde, permettent de s’évader, quelques instants. »

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