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Le skeet olympique : « être vif sans être brusque »

Le skeet olympique : « être vif sans être brusque »
10 août 2020

Emmanuel Petit, policier en détachement sportif, pratique le skeet olympique, une discipline de tir plateau. Il est champion du monde par équipe avec Éric Delaunay et Anthony Terras en 2018, et qualifié pour les JO de Tokyo, où il aurait dû se trouver en ce moment !

Découverte d’un sport peu connu avec ce champion !


Qu’est-ce-que cette discipline, le skeet olympique ?

C’est un sport de « tir plateau », qui consiste à tirer avec un fusil de style fusil de chasse, avec des cartouches pleines de grenailles de plomb, sur des plateaux d’argile de 11 centimètres de diamètre, en mouvement. Le skeet olympique se pratique sur un parcours comportant deux cabanes de lancement distantes de 40 mètres, de ces cabanes partent des plateaux et les tireurs se déplacent sur sept postes de tir placés sur un arc de cercle.

Concrètement, comment se passe le tir ?

Nous tenons le fusil baissé, puis on commande à la voix le départ du plateau d’argile. À la vue du plateau, on épaule le fusil, et on tire.  Nous disposons d’une seule cartouche de calibre 12 par plateau. Lorsque l’on commande le plateau, par un son fort et court (Pool ! ou Oh !), le plateau est lancé dans un intervalle d’une à trois secondes. Il faut alors avoir un réflexe très rapide.

C’est cela le ball trap ?

On n’utilise pas le terme ball trap pour cette discipline, mais cela s’apparente, oui. J’avais d’ailleurs commencé à la fédération française de ball trap, en « compak sporting », j’ai été vice champion d’Europe en 98, champion de France civil en 2002, et 3ième au championnat du monde en 2005. Puis j’ai eu envie de passer à une discipline olympique, le skeet était celle qui s’approchait le plus du ball trap.
En ce moment, vous devriez être à Tokyo pour les JO…

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Vous attendiez cela depuis longtemps ?

Quand je me suis mis au skeet en 2006, c’était dans le but d’aller aux JO ! En 2008 c’était trop tôt pour moi, en 2012 la période était compliquée entre le travail, l’entrainement et la vie familiale, en 2016 je me sentais prêt mais je n’ai pas été qualifié. Donc je suis heureux d’y arriver maintenant ! Car à 47 ans, je n’ai pas encore 10 ans devant moi… même si tant qu’il y a la forme physique, les réflexes, la vue, c’est possible.

Comment avez-vous été qualifié et quand l’avez-vous su ?

En 2018, nous avons été champions du monde par équipe avec Éric Delaunay et Anthony Terras,  et 4ème au championnat du monde en Corée du sud en 2019. C’était la première compétition pour les jeux de 2020 qui distribuait les quotas olympiques. Cette année,  on devait avoir deux compétitions : une coupe du monde à Chypre au mois de mars, et le championnat d’Europe en mai a Châteauroux, et à l’issu, le 1er des deux était qualifié pour les Jeux. On a pu faire que celle de Chypre, on est revenu le 12 mars, juste avant le confinement. Au mois d’avril, quand on a su qu’il n’y aurait pas de championnat d’Europe et, selon le règlement de la fédération internationale,  j’ai su que je partais aux Jeux. Puis j’ai eu le courrier officiel au mois de juin. Mes entraînements ont alors changé : j’étais plus serein, moins tendu, et avec moins de pression !

Et puis, les JO ont été reportés …

Oui, nous avons su que les JO étaient reportés un peu en même temps que tout le monde, ils en parlaient à la télé. Cependant, je ne suis pas mécontent d’avoir un an devant moi pour me préparer !

Quelle sorte de préparation physique avez-vous fait pour ce sport  pendant le confinement ?

Pendant le confinement, l’entraînement réel est impossible car les stands de tir étaient fermés. Mais je pouvais faire de l’entraînement physique : course à pied, musculation… Nous avons en temps normal un préparateur physique, nous faisons de la corde à sauter, des exercices d’équilibre, et basés sur le réflexe, avec des balles de tennis ou de golf. Il faut être vif sans être brusque. Ce n’est pas non plus une préparation de triathlète ! Mais la préparation physique est importante aussi pour être capable de rester lucide avec la chaleur : il fait 40 degrés à Tokyo en juillet !

Vous étiez policier avant d’être sportif dans la police …

Je suis entré à l’école de police en 1994, je ne pratiquais alors pas de sport. J’ai fait ma carrière en CRS autoroutière à Paris, puis à la Rochelle. Grâce au détachement sportif, j’ai maintenant une affectation à la direction des ressources et des compétences de la police nationale, à Lognes, et je suis en résidence administrative au commissariat de la Rochelle. Je peux ainsi gérer mon temps entre les entraînements et le commissariat de la Rochelle. C’est vrai qu’avec cette activité, je me sens à l’aise avec les armes. Pour moi, une arme, ce n’est pas dangereux, c’est plutôt celui qui ne sait pas s’en servir qui l’est.

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