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Clarisse Agbegnenou, la France au cœur

Clarisse Agbegnenou, la France au cœur
27 juillet 2020

Les Jeux olympiques de Tokyo 2020 auraient dû débuter le vendredi 24 juillet 2020. Parmi les plus belles chances de médaille d’or, Clarisse Agbegnenou se préparait depuis quatre ans pour enfin décrocher la seule ligne qui manque encore à son palmarès.

Ce n’est que partie remise pour cette maréchal des logis chef de la Gendarmerie nationale.


Quatre ans que la date du mardi 28 juillet 2020 était cochée dans l’esprit de Clarisse Agbegnenou...

Quatre ans de titres mondiaux et européens cumulés, de dur labeur, d’heures interminables d’entraînement, à repousser les limites de son corps pour être prête pour ce jour de finale olympique  de judo dans la catégorie des -63 kg...

Quatre ans à ressasser cette finale perdue à Rio face à la Slovène Trstenjak, qu’elle n’a à ce jour toujours pas digérée, en attendant que vienne sa revanche sur les tatamis nippons…

Quatre ans à rêver de la Marseillaise sourire aux lèvres et la France au cœur sur la plus haute marche du podium olympique…

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@ IJF et Isabelle Geiger

Tout s’est effondré le 24 mars dernier avec l’annonce du Premier ministre japonais officialisant le report d’un an des JO de Tokyo 2020. Une décision tombée comme un couperet.
« Même si je m’y attendais, la décision reste un déchirement ! En tant qu’athlète nous consacrons notre vie à notre sport ! Alors bien sûr que ça fait mal et une partie de moi ressent une certaine frustration », commente-t-elle alors dans un long message sur les réseaux sociaux. « Ça fait quasiment quatre ans que je me prépare physiquement et psychologiquement pour une seule et unique compétition, celle initialement prévue le 28 juillet 2020. J’ai organisé ma vie et fait des sacrifices au quotidien pour cette échéance (…) J’ai besoin de temps pour digérer l’information que mon rêve est reporté à plus tard. »

Confinée à La Réunion avec ses proches, Clarisse continue tout de même à s’entraîner, « de manière différente évidemment », à soigner une hanche douloureuse, à affûter un corps qu’elle n’a de cesse de solliciter. Petit à petit, elle dépasse sa déception et profite de cette parenthèse totalement inattendue : « Je ne pense pas avoir vécu une telle période de trois mois de « non judo » dans la performance depuis l’âge de treize ans ! Cela m’a permis de me retrouver, de voir autre chose, de vivre sur un autre rythme et de profiter un peu de ces moments à part et assez incroyables dans une carrière de sportif de haut niveau. »

Alors que s’approche la date qui aurait dû être fatidique, elle confie : « J’imagine mes entraîneurs me dire : « Faut y aller Clarisse ! C’est maintenant, c’est ton moment ! Aujourd’hui la déception est dépassée, d’autant plus avec tout ce que nous avons pu voir avec le Covid-19. Bien sûr j’y pense tous les jours à cette finale, je suis prête. Ce titre olympique est un rêve depuis toujours. C’est le Graal du sportif, la « médaille de l’univers » comme j’aime l’appeler. »

Pour le moment, l’heure a sonné de faire son retour sur les tatamis, de retrouver les séances collectives, « que ça fait du bien ! Reprendre ses marques, revenir à la normale, revoir les coéquipières », mais l’expérience récente du Covid l’oblige à la mesure et la prudence : « Il ne faut pas parler de préparation car on se rend bien compte de l’incertitude qui plane encore avec le virus. Je préfère prendre les choses chacune leur tour, étape par étape. Pour le moment je n’ai pas de planning pour me préparer pour d’éventuels Jeux en 2021, on verra en septembre si les choses évoluent, si la situation sanitaire s’améliore. Nous, sportifs olympiques, sommes pour le moment dans un véritable flou artistique. »

Friande d’actualité et de sujets sociétaux, la « Teddy Riner au féminin » est très active sur les réseaux sociaux, n’hésitant pas à apporter son soutien et à s’engager pour de nombreuses causes comme la place des femmes dans le sport, l’égalité homme-femme, les enfants nés prématurés, la lutte contre les violences dans le sport, la lutte contre le racisme et toute forme de discrimination, le soutien aux enfants malades…

 

À chaque message, elle n’hésite pas à afficher haut les couleurs tricolores, qu’elle porte fièrement.

 

« Je me bats pour des valeurs, pour la patrie. Dans la gendarmerie comme au judo, quand je monte sur la première marche d’un podium et que l’hymne national est joué, je suis particulièrement fière de représenter la France, d’apporter des médailles. Les valeurs sont très proches dans le judo et la gendarmerie. » En contrat avec la Gendarmerie nationale, elle qui porte le grade de maréchal des logis-chef n’hésite jamais à enfiler la tenue et à représenter fièrement l’institution.

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Clarisse Agbegnenou, dans ses différentes tenues @CNSD

Mais ses deux univers se sont tristement télescopés le 4 juillet dernier avec le décès dans l’exercice de ses fonctions de Mélanie Lemée, gendarme et judokate. « Nous nous sommes croisées lors des championnats de France militaires mais je ne la connaissais pas personnellement. Son décès m’a particulièrement touchée. C’était une femme, judokate, qui nous a quitté trop tôt à cause d’un chauffard. C’était une de mes sœurs d’armes. » Clarisse n’hésitera pas une seconde à envoyer des fleurs à la famille de Mélanie Lemée et à publier un message d’hommage sur les réseaux sociaux.

 

Cette guerrière au grand cœur va souffler en octobre prochain ses 28 Printemps. Les Jeux olympiques de Paris 2024 sont-ils encore envisageables ? « Le judo est un sport très compliqué physiquement et mentalement. Je sens le besoin de me ressourcer après les Jeux de Tokyo s’ils ont lieu l’année prochaine. Je dois soigner mon corps, enlever les séquelles d’années et d’années d’entraînements et d’efforts intenses pour pouvoir repartir après. Alors oui, les Jeux à Paris, se serait quelque chose de super, d’énorme, évidemment ! »

Le palmarès de Clarisse Agbegnenou :

 
  • Vice-championne olympique à Rio 2016
  • Quatre titres de championne du monde et deux fois vice-championne du monde
  • Championne du monde militaires en 2018
  • Deux titres, une médaille d’argent et deux de bronze aux championnats du monde par équipe
  • Quatre titres de championne d’Europe et une médaille de bronze
  • Trois titres de championne de France

Distinctions :

  • Kimono d’or en 2016 (meilleur judoka de l’année, décerné par la fédération française de judo)
  • Chevalier de l’ordre national du mérite en 2016
  • Championne des championnes de l’Equipe en 2018 et 2019
  • Trophée « Brigadier-chef Alexis Vastine » lors de la 5e édition des trophées des champions des Armées en 2019.
  • Meilleure athlète européenne en 2018 par l’union européenne de judo
  • Etc.
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